Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

24 IIISTOIHE SOCIALISTE gélique ; ailleurs Raspail disait son incurable défiance de la police et des médecins Au CILLb cks Clttbs, qui créait une sorte de lien fédéral entre toutes ces associations poussées comme des champignons, les principaux groupes républicains qui se disputaient la direction des esprits se rencontraient pour se partager les fonds et les pouvoirs presque officiels qui lui furent secrètement départis. En tous ces lieux de réunion la démocratie parisienne faisait de façon hâtive, bruyante, utile quand même, son éducation politique si longtemps retardée, son apprentissage de l'éloquence et de l'a"lior, à ciel ouvert. Dans les journaux alli'si il se dépensait beaucoup de verve, de talent, de vigueur. On n'a pas le droit de dédaigner une presse où chaque jour s'adressaient à la foule Proudhon le grand démolisseur, Lamennais le prophète, Considerant l'apôtre, Girardin le tapageur et l'hangeant polémiste, sans compter des échappés de la littérature qui se nommaient Baudelaire, Champfleury, Alexandre Dumas, ou George Sand, devenue l'interprète quasi officielle de la République auprès du peuple français. En vérité, la secou•se ressentie par les cerveaux avait mis en branle quantité de forces inlellecluelles qui s'ogitaient dans un pêle-mêle étourdissant. Là fermentait tout un pcr<onnel do randidats au pouvoir qui surveillaient, critiquaient, poussaient le GouYernemcnLprovisoire. On pouvait parmi eux démêler deux courants distincts, mais qui se mêlaient parfois. L'un était démocratique avant tout, c'est-à-dire qu'il tendait à assurer la direction de la politique au peuple de Paris, lût-ce par une nouvelle r6volution qui mettrait à la tête de la France des républicains plus audacieux et qui ne craindrait pas, au besoin, de déclarer la guerre aux souverains d'Europe. Barbès et Blanqui, tout en se détestant cordialement, étaient les deux chefs les plus écoulés de ce groupe toujours prêt à agir. L'autre était plutôt socialiste, c'est-à-dire que, plus profond et plus pacifique à la fois, il tendait de préffrenee à des réformes économiques qu'on croyait pouvoir opérer sans violence intérieufc ou extérieure. Considerant la fouriériste, Pierre Leroux, le théoricien de la non-résistance au mal, Cabet représentaient ce groupe peu favorable aux conspirations et aux coups de main. Raspail servait de lien entre l'un et l'autre. Proudhon, quoique farouchemen~ inclassable, était plus voisin du dernier. En face de ce parti du mouvell)ent se formait celui de la résistance. Il se composait tout d'abord des monarchislRs de toute couleur; mais l~gitimisles, orléanistes, bonapartistes s'effaçaient disc,èlcment; on eût dit qu'il n'existait plus de royalistes, du moins à Paris. Qui donc songeait à renverser la R~publique? C'est sur le terrain social que se concentrait la réaction conservatrice. Le mot do ralliement était trouvé : Parti IÙ rOrdre. Le programme se construisait el se résumait peu à peu en une formule élastique : Défense de la propriété, de la famille, de la religion. Comment s'était constituée la trinité ainsi offerte à l'adorationdee ftdèlea ? • Nous recommençons l'année de la peur•• a écrit GeorgeSand danaune de

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