Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

22 HISTOIHE SOCIALISTE statu quo. Elle allait se trahir dans le gouvernement, par une lutte analogue entre la majorité et la minorité. Elleallail se manifester par un conflit de tendances violem'mcnt opposées dans les démonstrations de la rue, dans les journaux, dans les clubs, dans les élections, dans l'Assemblée, jusqu'au jour où elle about.irait à une bataille ouverte. Les républicains avancés, à Paris et en province, les rouges, comme on les appelle couramment depuis l'affaire du drapeau rouge, sont loin de composer un tout compact. Il y a entre eux des querelles de doctrines et des querelles de personnes. Les radicaux ne sont pas d'accord avec les socjalistcs, les chefs d'école se jalousent et se contredisent. C'est dans les clubs, les journaux, les brochures, qu'il faut étudier leur activité. Les clubs naissent par centaines au lendemain du 2'i Février. li s'en crér 2!>0 à Paris et dans sa banlieue, rien que pendant le premier mois. Il y en a pour les hommes et pour les femmes, pour les blancs et pour les noirs, pour les Français el pour les étrangers, pour les artistes dramatiques et pour les épiciers, pour les maitres d'études et pour les professeurs, pour les gens de lettres et pour les gens de maison, pour les étudiants et pour les ouvriers, pour les commerçants et pour les militaires démocrates, pour les francs-maçons et pour les républicains pro·estants. Les socialistes ont les leurs comme les modérés, les amis de !'5rdre comme les amis de la fraternité. Mais l'élément révolutionnaire domine dans ces associations poli Li<1 ues. _ Quelques-unes se décorent de noms illustres : Club des Jacobins, Club de la Commune de Paris, Club de la Montagne... On sent là le désir de réveiller les grands souvenirs de la première Révolution. Elle eut alors un rôle considérable, cette manie rétrospective, Elle lut parfois innocente. Quand on proclame la République ,me et indivisible, la formule consacrée ne peut que faire sourire ; quelle parcelle de la France songeait alors à se séparer du teri;itoire national ? Pour qui n'est pas dupe des étiquettes et des apparences, les noms de Jacobins et de Montagnards, les bonnets rouges, les gilets à la Robespierre, les• Ça ira • et les • Mourir pour la patrie• ne sont guère aussi que des réminiscences littéraires, naturelles chez des hommes qu'on a nourris des hauts faits de Jeurs pères. Il ne faut pas oublier que Thiers, Buchez, Louis Blanc, Lamartine, ~1ichelet, Quinet, avaient à l'envi, chacun à sa manière, grandi, poétisé, déifié les acteurs du formidable bouleversement d'où date la France moderne. Ils se dressaient au seuil du siècle comme des géants qu'on admirait trop pour ne pas chercher à les jmiter· Or, l'imitation n'était pas toujours sans danger. On ne joue pas impunément à la Convention. La guerre aux tyrans n'est pas de mise à toute heure. A vouloi1 reproduire sans nécessité des paroxysmes d'énergie et de passion inséparables d'une situation quasi désespérée, on risque deux choses : ou de prêter au ridicule par ce qui semble une exagération puérile, une parodie d'autant plas comjque qu'elle est plus sérieuse ; ou bien d'efTarer les bonnes gens par un débordemenJ

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