Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIRF. SOCIALISTli Pascal disait de l'homme: « S:il s'élève, je l'abais~c; s'il s'abais•c, jr l'élève, jusc1u'ù cc qu'il comprenne quïl rst un monstre incompréhensible. ,. Proudhon parait se donner celle fonction de llléphist ophélès de la démol'ratic envers tout penseur qui aHirnio . .\vant 1848, i! avait ainsi accumulé bcauroup dr thèses et d'antithès es. :\lais 011étail la synthèse? On la cherchait: cl, <'11 fait d'élé•mcnl positif où se raccrocher au milieu des ruines qu'il a\'ait enlnssl'es. on ne trou,·nit guèrr <1ucceci: que le mal social était profond: quc,pou1· le guérit·, on ne pouvait compter ni sur l'association·, ni sur l'intervention de l'Etat: quïl follait un(' réorganisation é<·onomiquc profonde, une transformation int~gralc, faite au moyen de la science el de la liberté. Les événcnw11ts de la Hé,·olution le forcfrcnt à se fai,·e cl à publier sa doctl'inc a11jour le jour. ltéfugié en Belgique ,, la suite d'un procès de presse )!ars JIWI . il a l'impnadcncc d(· rc1·cnir à Paris : il est 1·c1·011uu, arrètt' et, jusq11Ïl la fin de la Hépubliqur-, il demeure en p1·ison. Cc fut pcut-ètr<- une bonne fortu ne pou1· lui. Il érhappc :i l'éparpillement de l'homme d'action. Il peul se replier. se concc11trcr sur lui-ml\mc. Il écrit, sans eomptc1· cl'innombrahlcs ;Hliclc!- de journaux, deux li\'l·es: les Con/essions d'un rè,,olulionnaire ~o,·. HVi!I cl L'/d~c /!énéra/c dr· la lli!volution Juillet 18,"",I. C'est lü '(UC sont contenues ses opinions de cctlc t'.>poqu(•: car a\'CC lui, plus ((ll.:t\'CC perso11nc, il faut toujours dater. Pour ne parler que du rùlc assigné par lui ,, l'Etat, i l n'est ,,as hostile, nou plus que Co11siclcra11t,à une intcn·c11tion pro,·isoi1·c et modé1·l·C' <les pou- ,oirs publics tians)(' domaine économique tel qu'il exi ste. Considrrant, sou~. IC' nom de garantismc~ \'Oudrait un ensemble <lïnslil11lio11s ~ara11liss~111l :t tout n1emlJrc de la Sociélé u11 minimum de bicn-t\trc. Proudhon, lui nussi, plus d'une fois, fait appel à raulot·ilC : « Car pourquoi, dit~il. pour changer les chose~, ne mescn·irais-je pas des choses mc.\mes : 1 » Il dit cncol'c, cl" q11i u·esl pas moins formel: « Puisque l'Etat est le grand rcs!'-ort de la société, nous nous ser,·ironsde 1'1•:tal•· ~lais cc n'est pour lui c1u'unl" c-oncC"ssion i1 des nécessités 111omcntanécs, et le système politique qu'il préconise alors pour l'avenir est l'a-11nrchi,·. On appelle couramment Proudhon le père de l'anarchie . )lais il convieut de se rappeler qu'il a eu beaucoup de préc111·seurs, à corn1riencer par Jean Jacques, qui, a,·ant d't:crirc le Con/rat social, a\'ail trié anathème i1 la sodé.lé et à ses lois. Les nêgatcurs passionnés de toute autorité nbondênt dans l"époque romanti<1uc; ils ont les honneurs du roman, lémoin Jean Sbogar. un personnage de Charles Nodier, ou Stello, le héros maladif d'Alfred de \"igny. En 1841, u11 communiste J. J. :\lay, dans le journal /,'l/11111011itaire, êcrivait ceci : « Le gouverneme11l démocratique doit l'tr·c t11uu-c/1ique, dans l'acception scientifique et non révolutionnaire du mot •· ~lais c'est quand même Proudhon qui a ramassé, condensé en t héorie des idées qui a,·ant lui ne se présentaient que sous forme de boutades éparses.

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