Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

HISTOIRE SOCIALISTE 15 parties reculée où les nouvelles ne pénétraient que tardivement. Il o'eo fut rien. On n'était pas loin du temps où Henri Heine écrivait avec une impertinent.,, désinvolture: • En France, ce que pense la province importe autant que ce qu11 pensent mes jambes 1 • Paris, dans l'Etat centralisé à outrance depws Napoléon l", était accoutumé à prendre l'initiative des grands cbangemenùi politiques; les villes suivaient Paris et Je; <drn)'agnes suivaient les villes. Qci aurait pu s'opposer à la transformation accomplit ? L'Eglise, le parti légitimis1e avaient combattu vigoureusement le gouvernement dechu. Les 260.000 électeuis qui avaient composé • le pays légal • étaient trop clairS<'més, trop isolés pour former un solide noyau de résistance. La monar<·hi!·d!· Louis-Philippe n'eut Jl&S sa Vendée. elle croula comme un cbit.eau de cartes; Paris l'avait renversée d'un soulfk 011 la laissa tomber! La proclamation de la République fut accueùJH,, suivant les endroits, avt-c all~gresse ou avee une stupeur résignée. Dans 1!, villes industrielles, les ouvrier<, avo.nt-gan.le r~publicaine, saluè1ent avee entbou-1asme ce qui était pour eux ur,o promesse de mieux-être. A Lyon, qui était rtlc,r, la capitale ouvrière de Ja France, la cité des rnsurrections à caraclèn ,cof1al. ils arborèrent le drapu,u rouge qui flotta plusieurs semaines sur les forts occupés par eux; ils démoliM t le mur d'enceinte qui mettait leurs faubourgs sc,us le feu des canons; ils attaquèrent. des couvents dont les ouvroirs faisaient !uucurrence à leurs ateliers; ùs r,•,tèrent plusieurs semaines mallrt>s de la rue et de l'llôtel de ViUe, comme ils le lurent aussi à Limoges. A LiUe, ils Jetèrent le buste du -roi dans un canal, brisèrent quelques vitres, brûlèrent un,· gare; à 1-\c,ueo, ils saccagçrent aussi un débarcadère et menacèrent quelque, l,ôt.ds d,- ml,e, induslriels. Ils révélaie,,t ainsi, dès le début, que pour eux le mouvement s1grufiait abaissement des grar,ds et relèvement des petits. Là, comme à Paris, apparaissait. en pleine lumière leur antagonisme avee la bourgeoisie, ,,t l'•·lfort des cc,111m1ssairesenvoyés par le pc,uvoir central fut de contenir les impatiences des uns <-ncalmant les angoisses d, s autres. C'est en Alsace que la tiche lut le moins dilficile, parce que des patm11s intelligents, à Mulhouse surtout, avaient di:s luugLemps pris soin d'instruire et ,le traiter en hommes les travailleurs dt> leurs usines. Dans les grandes ,·illes de commerce, à ~larseillc ou à Nantes, la République suscitait moins d'espéranc<> •t partant moins de craintes; elle ftai~ acceptée sans peine et sans bruit. \ Toulouse, à Nancy, eUe était acclamée avant même qu'on sût ce qui se passait à Paris; à Bordeaux seulement, il se produisait une petite émeute bourgevise contre un Commissaire à qui l'on avait prête ,ks desseins terroristes. En mamt endroit, on créait des chantiers pour les ouvrwr,, <au, ouvrage ou on leur dist, ibuaiL des bous de pain. Dans les petites villes cl lc·s ,·illages, e'est tantôt, conw,e à Boussac, une explosion d'enthousiasme qui s'cxl,al,- en accents dithyrambique~: • Le peuple de Paris est grand et admirable ~ J&mais. li vient d'ouvrir Pn tr<•is jours une nouvelle ère à l'humanité.• C'c,t tan1ô1, comme en Alsace, une.,.uée inslinC'tivP ronlre l(~s usuriers juirw.. ou, C(1m1n•' rn plusirurs régions, un retour

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