Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

14 IIISTIJIIŒ SOCIALISTE doute, mais ù dessein grossi,•s. qui vi~ent l'avenir plus encore que le présent et ressemblent à des conseils enveloppés dP miel.Un refrain du temps traduit nalvement l'idolâtrie dont la , sainte canaille • est l'objet: Chapeau bas devant la casquette 1 A genoux devant l'ouvrier! Le bourgeois essaie de se rapprocher autant qu'il peut de cet ~tre idéal : vestons sans façon, cravates liches, chapeaux mous, barbes croissant en liberté, manières simples, voire un peu débraillées, ton fa~ilier et au besoin trivial, phrases huroani!,aires où le mot de citoyen se carre et s'élargit à chaque tournant: voilà ce qui remplace Je langage et le costume gourmé~ de la vPille. A la Comédie Française, devenue le thé§.tre de la République, pendant que Rachel déclame la Marseillaise à genoux et roulée dans les plis du drapeau tricolore, on peut voir dans son auditoire, en apparence tout populaire, des blouses qui recouvrent du linge 6n. Une dame de l'aristocratie anglaise qui vit alors à Paris, écrit:• Nous mettons tous de gços souliers; nous portons tous un parapluie et nous lâchons de ressembler autant que possible à nos portières. • La Revue de, deux monde,, c'est tout dire, félicite Jegouvernement d'avoir proclamé le droit au travail. Qu'y avait-il au fond de cet étalage d~ ¼ndresse à l'adresse, des ouvriers ? Un sentiment de peur, à n'en pas douter, devant ces masses énigmatiques qui sortaient de leurs noirs taudis; un respect de leur puissance démontré non seulement par l'aisance avec laquelle avaient été bousculés, eriFrance, un ministre et un roi, mais par l'espèce de tremblement de trônes qui secouait toutes les capitales d'Europe; probablement aussi une reconnaissance secrète pour res meurt-de-faim qui, maitres de richesses énormes, avaient sauvé les diamants de la couronne et fusillé sans pitié les voleurs; enfin, dans une bonne partie d~ la population, u~ sincère élan de fraternité humaine. Un témoin, alors simple ouvrier, a écrit-: , Je crois qu'à nulle autf'P époque ile notre histoire l'opinion publique n'avait montré de meilleures dispositions pour améliorer la condition morale et ~atérielle du peuple. • Certes, les mauvais vouloirs ne manquaient pas; mais il~se dissimulaient prudemment. Ce lendemain d'orage lut un de ces rares moments de sérénité où le ciel bleu rit sur la terre encore détrempée et sem6e de débris! Accalmie trompeuse, si l'on veut, et déjà traversée d'éclairs qui annoncent une prochaine -bourrasque; mais halte bienfaisante qui repose, lai\ miroiter dennt les nations lassées l'image et l'espoir d'une concorde durable et les aide par là même à poursuivre leur marche sur la route rocailleuse oi elles cheminent 1 Cet &ge d'or d'une Révolution, • qui ressemblait à une ~ête plut&t qu'à une catastrophe •, était encore illuminé par l'accueil que la province faisait au nouveau régime. Les communiMtions étaient lentes alors entre la capitale et Je reste du pays; U fallait douze jours pom qu'une correspondanee par leltres 1p6t s'échanger entre Paris et les Basaes-Alpes. On aurait pu s'attendre à dès collfllls dMIII certaines

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