Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

IIISTOIHE SOCIALISTE 21 ï préfet de la llautc-Garonne, qui s'est distingué en réclamant des mandats d'amener contre plus.icurs mcmb1·cs du Conseil général, su~pects à tit,·c de «rouges». Comme l'~H·ocat-général Dagnilhon-Pujol refusait d'ordonnc1· des arrestations sans prcu,·cs : (t Des preuves! Des preuves! s'était exclamé '.\laupas. Les pt·cu,·cs sont inutiles contre des ennemis notoires. Les sentiments s11ffiscnl. » Et comme le proc111·eur-géné1·al Dufrcsnc réclamait ù son tour des pièces : <c :\les agents, avaient l'épliqué :\laupas, les introduiront cux-mèrncs au dornicilc des inlércssés. » Bhimé de celle désinvolture par sou m.inistl'C, consolé par Louis Bnnapartc, nn pareil homme offrait toutes les ~:-.1·antics possibles de conscience légère. Un autre. élégant et Yiveur, l10mrne de plaisll· et homme d'a~fai1·cs, légitimiste hier, bonapartiste le lendemain, grand seigneur de la main gauche et gentilhomme de Bours('. apporte dans la partie qui va s'engager la froide audace et l'air détaehé du joueur qui l'Îsque une fo1·tunc sur un coup de dës, cl :\l01·ny drricnt po111· Louis<'\apoléon un allié d'autant plus clé,·oué qu'étant son demi-frère il a tout intérl 1t à le voir maitre de la Frnnre. Pour coinpléte1· la mise de fonds nécessaire, il sera son intermédiaire avec les banquic-,·s de France, comme Persigny, l1a111i de !"exil, l'est avec les prètcurs de Londres. En mèmc temps que 1'a"entul'icl' de Strasbourg et de Boulogne s'assure ainsi des auxiliaires cl des rCssourres, Léon Fauche,-. dupe. mais non complice. aveuglé par sa peur du socialisme.. tr·a,·aille pour rEmpfre s:111•sle savoil'. en poursuivant tl.outrance les sociétés et les journaux <lé,11oeratiqucs 1 en proscri\'ant les ceintures et les cravates rouges, en expulsant les réfugiés, en ëtendant l'(:tat de siège au Cher et à la Xièn·c, en ré,·oquant des centaines de maires et d'adjoints, en harcelant pal' ses préfots les magistrats qu'il lrou\'e trop mous. ~Jais, pour rame11er à lui les masses populaires, l...011isi\'apoléon ordonne de grands tra\'aux comme le prolongèment de la rue de Rh·oli, la const1·11dion des llalles, l'achè\'emcnt du Louvl'e; et st11·Lo11t il imagine un coup de maître: proposer le 1·appcl de la loi mutilant le sufi'rage uni,·c1·sel. Léon Faucher, fidèle aux rancunes du parti de l'ordre, disait qu'il aimerait mieux se faire CQuper un bras que de consentir qu'on toucld.tà celte arche ;le salut. C'était aussi l'avis de Thiers et de la plup~rl des monarchistes. La majorité vit le piège, mais ne sut pas l'é\'ite1·. Grand fut l'émoi, lorsqu'~1 la rentrée de la Chambre. le t, 11",·embre 1851, le message du Président i.1 l'.\ssernbléc annonça que ses ministres étaient congédiés et que le nouveau ministère avait mission de pi-opose1· le rétablissement du suffrage universel. La haule 1:>ourgcoisic en manifestait une inquiétude p1·évuc qui étail un atout de plus dans le jeu du Président. :\lais le peuple des faubQurgs et des campagnes en éprournit une satisfaction réelle. Les républicains de l'Assemblée nç pouvaient qu'appuyer la proposition dont le pl'Î'lce prenait l'initiative. Si les réactionoaÎl'CS ne se fussent pas opinhltrés dans leur haine aveugle de l'égalité politique, l'appel à la dolence pouvait

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==