Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

212 IIISTOIHE SOCIALISTE p1·ocurcurs dénoncent · quelques dépôts clandestins de poudre et des r·c)ations aH'C' les révolutionnaires de l'étranger, surloul avec ceux de Londres, de Suisse et d'Allemagnç. ~lais il est certain que le monde officiel d'alors, dans un intérêt trop facile ù comprcod1·e. s1 acharne ù grossir les quelques menaces qui couvent dons ces petits groupements forcés de se cacher. Jl faut justifier la compression savante et implacable qui pèse su,· la France et qui s'exerce i, l'aide de quatre instruments faisant fonction de pompes foulantes : le clergé, )a magistrature, la police, l'armée. Le premier veille surtout à «( l'ordre moral »; il réprime les écarts de pensée. La magistrature organise la chasse aux républicains; le parquet fait fe1·mer les loges et les cercles suspects ct•opinions avancées; il \'oudrait ùter aux municipaliléi le droit d'autoriser les réunions publiques, au jury le droit de juger les contra,·entions qui s'y commettent; tcllt. association d'ou"riers ou d'étudiants est dissoute, parce qu'elle « doit avoir 1111 but politique •; des sociétés de bienfaisance, de musique, sont interdites, parce qu'elles pourraient· prendre 1111 caractère analogue. Faire de ltt polüique devient un délit créé, poursuivi, puni au nom de la paix publique. La police, encouragée, prend une part acti,·e à cet étranglement·de la vie civique. Perquisitions, arl'estations arbitraires, dont les Yictimes sont parfois des représentants qui sont accueillis par les ricanenemenls de la majorité, quand ils réclament, abondent d'un bout à l'autre de la France. Le Blllteûn des Lois garde la trace de cette activité policière. De 181,9 à 1851, il constate la création ou l'extension d'une multitude de commissariats. Le P,·éfet de police, Carlier, dit avec fierté : « Aujourd'hui, quand trois personnes causent ensemble, il y en a au moins une qui est ,, moi. • i\lais le rô1c des chefs militaires est plus grand encore. Qui veut s'en rendre compte n'a qu'à lire le Journal du Maréchal de Castellane. Il fut le véritable préparateur du Coup d'Etat en province. Il fut d'abord dans l'Ouest, puis à Lyon et dans l'Est, !"étouffeur de la République. Son œuvre est double, Avant tout mater, assouplir les troupes, les plier ü l'obéissance passivc;pour cela, tenir les régiments en haleine par de fausses alertes, défendre aux officiers l'habit bou,·geois, leur interdire le po1·t de la barbe, rétablir tout ce qui peut les séparer des civils; parler aux soldats contl'C les démocrates, leur prescrire dans des instructions confidentielles de tirer sur les femmes et les enfants qui sont l'arnnt-garde ordinaire des émeutes; leur faire faire des sermons et des cours de morale par <les prêtres, emprisonner ou expédier en Afrique ceux qui témoignent des sympathies pour les " rouges•· Puis, réunir ;, Pabl'l du pouxoir militaire, clergé, noblesse, haute bourgeoisie et, ce qui est l'autre face de la même manœuvrc, tcrrnriser les républicains. Afin de complaire aux gens <le bien, par qui « l'Etat de siège est regardé comme un bienfait •), il va à la messe, assiste aux processions, fait couper les arbres ,de la liberté, reprnnd son titre de comte; pour effrayer les mécb!'nts, il fait

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==