Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

lllSTOIHE ·soèlALISTt<: el par conséquent la fourberie du personnage. Les circonstances cl une bonne parlÎf' <le la nation conspiraient pour lui. Son :ni, assez grossier, consista ~111·tout :1 foire bo,'i ,·isag-c aux différc11ls partis, à lou\'oycr entre eux en les lc11rr,t11l de promesses, jusqu'au nJomcnt oi1 il se sentit assez fort pour de,,<'nir leur maitre cl pour acromplir le nOt1\'Ca11 Dix-huit Brumaire vers lequel il grndlail d_èsson élection it la Présidence. Cc cal'actè,·e de Protée ù visages multiples appa.-aissait dans la variété de lit!'es que lui donnaient ceux qui venaient assislcr aux soil'ées de l'l::lyséc. On l'li°ppclail p1·incc, altesse, monsieur, monscigncu1·, citoyen. Il était tout cela en effet, suivant les heures el les persouncs. Candidat des intér<'ts les plus disparates, il s'attachait, dans les voyages qu'il rnullipliait eu province, dan~ les revues qu'il passait, dans les <·érérnonies officielles otl il paradait, iJ offrir aux groupes de la population les plus opposés des raisons de croire el d'espérer en lui. Ses a va ne.es \'Onl d'nhord au clergé. Quand il arrive dans une ville, il co111ml'IH:c sow.cnl par une \'Îsilc solennelle à la cathédrale. Con,me le lui disait l'én:que de Bea_uvais : « Yotrc première démarche est pour Dieu que vous ,·encz adorer dans son temple; votre premiè1·e pnrole, une paro]c de priëre; votl'e première artion, un hommage rendu à l'aulique el sain le loi du dimanehe ». Pour l'armée, il évoque les souvenirs de l'épopée impériale; après chaque l'evuc, il fait distribuer du champagne el des cigares aux officie,·s, des saucissons, de la volaille, de l'argent aux soldats. Il fait augmenter la solde. Il fait sentir à tous les militaires qu'il vcul leur donner la première place dans la société. li les embauche à coups de flatteries el de fn,·eu,·s plols solides. A la gross~ bou1·geoisie, ralliée d'avance, il promet rorùre dans la rue cl dans 0 lcs esprits, la danse des 111illions, les évenlreme,~ts de villes, les spéculations de terrains, les concessions de chemins de fer oio l'ou ramasse des fo,·luncs. La petite bourgeoisie esl en 'partie républicaine : on la mœt.e par la peur. Un médiocre 1illérate~1r, nommé Romieu, 00111111 surtout comme viveur et mystificateur, écrivit deux brochures qui sont le complémeul l'une de l'autre. L'une est intitulée: L'ère des Césars. C"esl l'ùge d'or annoncé à la France, si elle accepte un second Empire. L'autre s'appelle: Le spectre rouge de 1852. c·esl., en styie apocalyptique, un tableau des horreurs, des atrocités que les huveurs de sang ne manqueront pas de commettre, dès qu'ils auront pris le pouvoir. Une pièce que l'on joua en l851 pnrle ce titre signifirntif: les e!fraués. Mais, en donnant des gages aux dasses aisées, le prince se gal'de bien de blesser par des dédains maladroits « la vile multitude», comme le font ,·ulontiers les légitimistes et les orléauistes. Il se pose en ami du peuple. Dans les campagnes, quand il ne décore ras ']U!'lque \'ieux clomcsliquc de fcrn1c, il offre i, des instiluteurs de quoi acheter chacu11 cieux hectares de terre qu'ils cultiveront avec leurs élèves, cl il profite de l'occasion pou,· prêcher Je retour à la vie champêtre. Dans les villes, où il est parfois mal accueilli, comme ce fut le cas à Stras-

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