201, IIISTOIHE SOCIALISTE aux mains d"un chef,, la fois militaire el populaire, qui profite de la hotte des dasses pour les ranger impartialement sous le joug .niveleur de son dcspolis111r, leur impose une lrève et leur donne en compensation de la libcrlé quelques années de calme superliciel. Les cités grecques avec leurs tyran~, Home avct~ les premiers empereurs, les républiqncs italiennes du rnoycn-ùgc fourniraient mille exemples de cette marche des choses. Le parti césarien avait, de plus, la chance d'avoir un chef qui vivait en Fra11ce, qui était prédisposé à son role par son nom, par ses traditions de famille. par son propre passé, qui enfin était déjà plus qu,, moitié en possession du pou\"OÎr. La majorité consen·atrice avait (-rud'ahord ;n-oir en Louis Xapolfo11 Bonaparte un instrument docile. Il s'était fait tout petit, tout modeste, presque insig·tifianl. Plus habile~, écrire qu'i1 pal'lcr, silencieux par tempérament, sans doute aussi par habitude de prisonnier et d'cxilt', ce personnage flegmatique et blèmc, qui était peut-être à demi-hollandais crorigine, passait son temps dans les conseils des ministres à fabriquer des cocottes en papier. Il avait été baptisé par Changarnier « un perroquet mélancolique ». ~lais dcnièrc son fronl étroit. ses yeux ternes et opaques, il cachait une pensée personnelle cl une volonté tenace. li était profondément cntèté de sa mission bonapartiste. li se considérait comme un homme providentiel. Il aYait une foi superstitieuse en son éLOile. SeYcu de Césa1·, il se croyait p1·édestiné à ètre César lui-mèmc et il se laissait aller a,·ec une sél'énité faLalisLe au mouvernenl qui l'cmpo1'lait vers une haute fortune. Amalganrnnt en lui des idées empruntées · it Sapoléon I" et de ,·agues aspirations socialistes, à la fois terre à terre et chimérique, il détestait et méprisait, comme son oncle, les assemblées parlantes, et il rêvait une démocratie césarienne, oil le bruit des discours et l'agitation de la libc,·té seraient remplacés par le silence d'une bourgeoisie gorgée d'affaires et d\111 peuple saturé de bien-être. Pour en arriYer là, point de scrupules; une absence complète de moralité politique. Peu délicat dans le choix de ses amis, de ses maitresses, de ses moyens d'action, capable d'ailleurs de s"attacher les gens par son humeur facile, ses manières simples, sa reconnaissance des services rendus, il était p,·essé par les dettes qu'il avait contractées au eou,·s de sa vie vagabonde," et les Tuile"ries foi paraissaient un bon refuge contre la prison de Clichy. s•on entourage, comme lui et plus que lui, poursuiYi, taré, acculé aux pires extrémités, voyait son salut dans une opération qui lui livrerait la France en proie. Or, Louis.Bona• parte était homme io couver longtemps un dessein, puis ù le faire éclater brusquement dans une tentative aventureuse. Comme il l'avait prouv~ dans les deux échauffourées de Strasbourg et de Boulogne, il avait. au fond de lui le golit des complols, des coups de tète et des coups de force; et autant il semblait hésitant, indécis,_tant qu'il en était à la période· de préparation,
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