Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

10 HISTOIHE SOCI.\LISTE Ils avaient commencé dès la veille. Faute de vuuloir ou de savoir organiser, le travail, ils s'étaient hâtés d'orgo.niser l'aumône. Le 27 février, était publié un décret ainsi conçu : c Le Gouvernement provisoire décrète l'établissement d'ateliel'S nationau:r. Le ministru des travaux publics est chargé de l'exécution du présent déel'et. • Ce n'était pas chose nouvelle, tant s'en faull. C'était, au contraire, une antique tradition française d.- créer, dans les moments de crise économique, pour les ouvricr,i inoccupés, ce qu'on appelait des ateliers de charit-'. L'ancien régime avait abondamment usé de cette suprême ressource des joul'llmauvais (1) et le XIX• siècle n'y avait pas renoncé. Après 1830, le gouvern"ment de LouisPhilippe, avait, d'une part, distribué trente millions au commerc~et à l'industrie, c'est-à-dire auxcpatrons, et, d'autre part, ouvert pour les travailleurs des ateliers qui leur assuraient un salaire provisoire. L'an 1837, on avait encore pl'iS en faveur de ceux-ci des mesures analogues. Lille, Douai avaient, avant la Révolution, leurs ateliers communaux. Cet essai d'assistance par Je Lra,·uil,ainsi entré, dans les mœurs, devait naturellement repar~itre en un moment où l'achèvement des travaux entrepris pour les fortifications de Paris, la crise industrielle et commerciale venue d'Angleterre sur le continent dès 1817, la crise agricole due aux mauvaises récoltes, enfin le trouble inséparable de toute révolution condamnaient au chômage forcé des milliers et des milliers d'ouvriers. En ressuscitant une fois de plus cette ir.stitntion de sauvetage, on ne s'inspirait nullement d'un pl'incipe socialiste; l'organisation en était m~me confiée à ~Iarie, adveTSaireavéré du socialisme; et la vieille appell;tion d' ate/ie.-s de cha,·ilé allait rep'araltre dans les circulaires ministérielles de Ledru-Rollin comme- dans les' communes nombreuses qui devaient imiter Pal'is. Une autre mesure complétait celle-là. C'était la cri'etion de la garde nallonale mobile; on y eurô!ait les jeunes faubouriens-dont beaucoup a,·aientcombattu sur les barricades et on leur attribuait une solde de 1 fr. 50 pal' jour. La majorité du gouvernement provisoire espérait s'attacher ainsi de deux manières diITéNnles les oo:vriers qu'elle redoutait. Peut-être croyait-elle les détourne,- des idées de transformation sociale qui couvaient dans les têtes les plus ardent"s; peut-être avait-e!Je aussi l'illusion de faire tout ce qui était licite et possible pour Yamélioration du sort des t~availleurs, en appliquant ce que Lam..rtine appelait c les principes de la charité entre les différentes classes de citoyens.• (1) Au temps de la Ligue, un peu plus tard sous llenri IV, on en avait institué à Paria et en d'autr s vil:ts. Sur h ftn du r~gne de Loui1 XIV. en 169:l, en 1695, on avait e.u re<'Our, à ee moyPn de lutt.er contre la: misère. Oa !e retr•uv~ "0·ivcnt employé au siècle suivaat, notamment en t 764. et dans J"s années qui précéd)rcnt la Révûh.1tion. On sait qo'au cours do cel1c-ci, f'ft 1789. les chant;ers ouvert.a, à. Montmartre. pour I s $"ns,..t-:a-vaial v:ii.:nt pat a ~sur; mquiéiant.s aux bourg~ois de Paris pour qu'ils fissent en armes l'ijM;alade de la butte avec l'intention de le& disperser.

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