188 IIISTOIRE SOCIALISTE l'avenir, le germe de l'obligation el de la gratuité furent repoussés. Tou~ les ,oiles toml>aicnt, arrachés l"un après l'autre. On était bien loin de celle pleine libe1'lé réclamée par l'l\rlise pour elle et pour les autres, au temps de Louis-Philippe. Un socialiste, Jules Le.-oux, se chargea de le démontrer: il déposa un amendement ainsi conç-u : ,, Tout citoycn jouissant de ses droits civils el politiques aura le droit. en en faisan! préalablement la dfrlaration il l'administration municipale de la communr où il réside. <l OU\rir un cour~ public sur les malières de l'cnscigncnwnl primaire, secondaire, pl'ofcssionnel ou supc.:ricur, c'est-à-dire sur toute~ les mati(•1·es qui ont pour objet l'instruction ou l'éducation de l'homme C'I du citoyen. • Le jury connait seul de~ délits commis pa,· la voie de renseignement donné dans re:-: cours oit ne seront admis que des éll.',cs :\gés dC' plus de qui111.c ans. • C'était demander, et encore pour les cours cl"adultcs seulement, ce que jadis ~Iontalc111bc1·t ,·éclamail pour to11LcsJes écoles. Thiers prétendit qu'on ,·ou lait cré('r ainsi un pri,·ilège au bénéfice du socialisme et l'amendement ue ,·ccucillit que 13:i ,·oix. Quinet n·a,.ail pas été plus heureux en proposant que l'insti·uction morale et 1·eligicuse flll donnée ,c sans acception des dogmes particuliers aux di,·e1·scs communions >1. JI alléguait que l'école nonconfessionnelle était l'insti·ument nécessaire de l'unité nationale, de la concorde ci,·ile et en mème temps de la liberté de conscience établie par la p,·emière Révolution. ~lais lu majorité ne se souciait guère de fa\"oriser 11a libertl· de conscience. l..."amcndement fut rejeté sans scrutin. Le combat le plus \'if s'engagea sur celui qui_ i-cfusait le droit d'enseigner aux mcmb1·('!'- de toute compagnie religieuse non reconnue par l'Etat .\mendcment Bourzat. C'étaient les Jésuites qui étaient dsés. Thiers, leur fongueux a<.h·crsaire d'antan, avait dit en badinant qu'il se cachera.il derrière son hanc, quand ,·icndrait la question de leur rappel. li monta au contraire sur la brèche cl entama bravement l'apologie de la liberté pour tous. « Je vais passer aux Jésuites », dit-il à un moment de son discours : - (( C'est dt'jà foit », cria une voix de la gauche. On rit'; mais Thiers,sans se démonter, continua son plaidoyer qui fut décisif. L'é,-èquc D11panlo11p décounit que le ciel n·a,·ail pc1·mis la République qu'en vue de ramrnf'r les Jésuites en France et il put éc1·i1·e a1/CC l'intrépide assurance des dé,·ots qui font mouvoir· lf'111· Dieu ù leur fantaisie : « Quiconque ne voit pas là visiblement la Providence 1ic verra jarnais rien. >> En somme, le projet de la Commission fut adopté, sauf de très légères allénuations exigeant des futurs inspecteurs et recteurs le grade de licencié, fc\t-ce en droit ou en théologie, sauf aussi la vague promesse obtenue 'par Lastcyrie et \\'olowski de créer un enseignement professionnel. L'ensemble de la loi fut voté le 15 mars 1850 par 399 voix contre 22i_ Une quarantainc!dc catholiques étaient au nombre des opposants. L'évêque de Langres s'était abstenu, ainsi que plusieurs des ministrçs. L'ordre des Jésuites remercia M. Thiers, qui devint le premier vice-président du Conseil
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