Georges Renard - La République de 1848 : 1848-1852

174 HISTOIRE SOCIALISTE professeur au Collège de France. Selon lui, le droit d'enseignement n'appartirnt qu':1 l'l::tat. C'rsl 1111 des moyens ,par lesquels il maintient l'unité national,·. Il délèg11(' <'t.."' dl'oil ù certains citoyens s011s des conditions qu'il détt•1·mi11C". Si If' pèl'e de famille en i11slruisant lui-mèrne son fils exerce un droit naturd, l'homme qui réunit quinze ou vingt enfants pour les enseigner C''\rrc<" une fonction pub]iquc qui doit èlrc conlrüléc. « Comment! disait !"orateur. l'l::tat ne pcrmctlra pas, dans l'intéri'•L purement 1naléricl, cl je dirais presque grossier. de 1'01·dre public, que des citoyens se réunisse~t en u11 CCl'lain nombre~ simplement pou1· leur plaisir, simplement pour les affairC"lses plus ntlgaircs de la vie, sans les sut·\·cillcr, sans savoir ce qui se passe dan!- cette réunion ... et il pe1·meL11·aiL qu'un cerlain nornbre d'enfants pu!-scnt être r(•trnis, :1 certains jout's périodiques,. sous la main d'un seul homme qtd exerce l'autorité omnipotente d'une raison formée, viri]e, complèlc, dé\·cloppéc sur de jeunes âmes qui sont impuissantes, obscures, ignorantes ... sans que l'l~tat sache cc qui se passe là!. .. • Bar\hélemy-Saintllilairc concluait que c'est pou1· l'l::tat non seulement un droit, mais un dc,·oir, de san,ir cc qu'on fait du cœur cl de rintelligcncc des jeunes riloyc11s, pa,· conséquent de s11rvcillcl' lous les établissements ol.1 l'on prétend leur inculquer les maximes directrices <le leur \"ÎC à venir. Une quatriè1ne opinion, interm.édiaire et transactionnelle, fut cel1e qui l'emporta. Elle fut ,·cpréscntéc par Dufaurc et par le Comité de Constitution. Elle ,,-admit pas que le droit d'enseigner fût un droit délégué par· l'l::tat ni un droit inhérent à la qualité de citoyen. Elle maintint à la fois la liberté d'enseignement cl la sun-cillancc de l'État. i\lais elle renvoya 'aux lois organiques la détcrmin~tio11 délicate de oe qu'il y avait à faire pour concilier ces deux principes. • Pendant qu·on discutait ainsi sur les principes, le projet Carnot était mutil(•, diminué, lransfor11lé, pa1· la cornmissiou parlementaire chargée de l'examiner, en un nouveau projet de 101 articles, qui fut déposé avec un rappo,·t de Ba,·thélcrny-Saint-llibirc. La réaction bourgeoise et catholique, que nous \'Cnons de voir à l'œuvre, s'y fait sentir. On commence par supprimer la gratuité, promise pourtant déjà par la Constituante de 1789 1 par la Chambre des Mputés de 1815 et par l'article 13 de la Constitution ,·otée de la veille. Et quelles sont les raisons alléguées pour cette suppression? Ava11t tout qu~on n'a pas l'argent nécessaire; mais aussi que J'État uc doit pas l'instruction aux citoyens et que cc serait introduire dans la législation un principe da11gcrcux; que les gens ne tiennent qu'il cc qui leur coLHeet que l'école où l'on ne paierait pas serait peu fréquentée; que la gratuité tuerait toute coucurrcnce et toute émulation (éco11de; que l'on ferait de la sorte aux riches un ca<lcau injuslifiab]c_; que l'or\ risquerait de di,·iser les gênérations nou,- vcllc& eu deux camps, parce que l'école de l'i-:tat serait pour les petits pauvres cl l'école privée payante pour les enfants des classes aisées. On avouait bien

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