HISTOIRE SOCIALISTE 169 vaienl pas rc\"cnir de silOl aux sereines in,·cstigations de la science pure, qui devaient par conséquent, vrais professeurs honoraires, posséder le tit1·c sans re1nplir la fonclton, sans avoir nn 1me la 1·cssource de se faire suppléer; car ces chaires nouvelles n'étaient point rémunërécs. Un autre moyen a,·ait été pi·êvu pour établir un lien entre ces différentes parcelles des« sciences d'1::1at »; c'était d'annexer au Collège <leFrance, dont l'antique caractère d'institut de haute cultu,·e désintéressée se trou,·ait par là compromis, une 1::colc d'administration, création clont l'Allemagne offrait le modèle el à laquelle avaient songé Napoléon I"' cl Cuvier. Le but, en cc faisant, était de coupe" ce,l11·t au favoritisme, d'cmpt\cher l'envahissement de la carrière diplori1atiquc et des bureaux ministériels par des jeunes gens plus riches de belles relations que de savoir et d'intelligence. Et méritoire était la pe1,sée, à condition que celle pépinière de fonctionnaires administratifs ne dégénérât pas en un mandarinat exclusif fermant ]es a,•cnues des scn·ices publics à ceux qui auraient pu débute" plus tard el n,véler hol'S des cadres règlementaires leurs talents <l'o1·ganisate11rs. Il était bien dit que celle f•:colc ne fournirait qu'une partie des candidats aux fonctions ,·acantcs et, qu'elle laisserait la po1te ou,·e1·Le aux mérites exceptionnels; qu'elle donnerait une instruclion théorique et pratique qui serait sui,·ie d'un stage. ~lais il était dit aussi qu'elle de\Tait se rno<lelc" su,· rt'.:cole Polytechnique et elle n'échappait pas dès lol's à rohjcction qu'on peul adresser it toute école spéciale, c'est-àdire au risque de créer une espèce de prh·ilège pou1· ceux qui en sortent et de dé,•elopper avec excès parmi eux l'esprit de corps. Cependant Cal'not était sincèrement libéral 1 et, quoique ami des concours et classements, il n'en avait pas la superstition; il ne les cl'oyait pas suffisants pour drainer toutes les capacités de la France. Preuve Cn soit la proposition qu'il fit d'établir· un Athénée libre, oü pourl'aient professer tous ceux qui se sentiraient l'e1l\·ie et la force de conqué1·ir le succès pal' devant le grand public et de se désigner ainsi à l'attention des autorités universitaia·cs. En même temps il ordonnait des 1·cprése11tations théùtrales gratuites, réorganisait les musées, ouv1·ait des concours destinés à faire éclore des chants républicains et un beau symbole plastique de la jeune République; et, bien qu'il ne réussit qu'à faire rcssorti1· l'impuissance des a_1·tistes ft se transformer subitement pour parler à l'âme du peuple et ~l traduire sous une forme précise des aspirations vagues, c'était un essai poul' réconcilier avec la· démocratie les beaux-arts, qui, depuis la Hcnaissancc, avaient pris cl gardé presque sans interruption un caractère aristocratique. En vrai Saint-Simonien qu'il était, il n'oubliait pas cette moitié de l'humanité a qui l'l1tat ménageait si parcimonieusement ses faveurs; il ne voyait pas pourquoi la femme serait éternellement traitée en min.cure, et il confiait à Legouvé un cours au Collège <le France qui devait rouler sur les moyens de relever la condition féminine. Cc qui valait mieux, il avait songé
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