Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

Hl::-iTOIHE ~OCIALISTE asse,oir la domination de l'Angleterre sur l'Espagne comme sur le Portugal. Robert Peel s'y employa de son mieux. ~fais avant de raconter la double intrigue qui se noua autour des mariages espagnols. il nous faut reprend,·e les évén..menls au moment où un soulèvement militaire plaça Espartero au pouvoir. Pour mettre fin aux intrigues de cour, ce génc,·al avait exilé la régente Marie-Christine, mère de la jeune t'einc Isabelle. Espartero n'aYait rien d'un libéral, que l'étiquette. Il était simplement le plus audacieux et le plus heureux des chefs militaires qui disputaient le pouvoir aux chefs de l'aristocratie sous la faible et incohtlrenlc régence d'une femme. Un vole des Corlès donna la régence à Espartero en 18'11. C'était la donner à l'Angleterre, dont il était le partisan déterminé. Sa politique économique, qui mettait l'Espagne dans la clientèle anglaise, pouvait être acc,,plée par les proYinccs agricoles, mais non par celles qui se vouaient il l'industrie, pour laquelle l'entrée en Espagne des produits anglais constituait une concurrence désast,·euse. La Catalogne s'agita, une émeute éclata à Barcelone, où la foule brûla les marchandises anglaises. Espartero réprima cruellement cette tcntative d'insurrection. Mais à peine en avait-il fini clc cc côté, que les provinces basques, à leur tour, entraient ('Il. efTcrvcsccnccpour h• maintiende leurs privilèges séculaires, qui, sous le nom de /ueros. leur constituaient une quasi-auto,1omic. Les bandes carlistes se reformèrent et eommencèrcnt leurs courses déprédatrices. Nous trouvons dans une lrttrc qu'Edgar Quinet adresse à Michelet un tableau assez exact de la vie espagnole au milieu de Ioule ectlc agitation des années 1842 et 1843. • Je me suis arrêté à Burgos, écrit Edgar Quinet, et c'est à cela que je dois de n'avoir pas été dévalisé. J'ai YU dans les journaux une lettre des voyageurs de cc courrier qui racontent qu ils ont été attaqués à Lerne et remercient ces mrssicurs de s• être con len lë~ de les voler. • Quinet note cnco"' • qu'il ne sort pas de ~ladrid une YOituresans être escortée. Personne ne fait attention à cela. C'est la vie ordinaire. » Dans une autre lettre, iJ dit à Michelet que la malle-poste qu'il va prendre a été attaquée trois fois; au derni~r coup, on a tué deux chevaux •· A part ces émotions, c'est un pays charmant, où chacun fait cc qu'il veut: • Vous ne pouvez vous figurer comme chacun vil à l'aise cl tranquille, sans gouvernement, et dans une anarchie complète. • A l'aise el tranquille, il ne l'est pourtant pas, le malheureux don Thomas Buc, dont Quinet nous raconte ainsi la fin: • Lundi dernier, dans la petite ville de Morelia, au moment où la municipalité entrait dans l'église, don Thomas Pcrranoya, qui se dit défenseur de la religion de Jésus-Christ, saisit don Thomas BuJ, secrétaire de ladite municipalité. li l'emmena sur la Piazza Mayor où il le décolla sur-le-champ, sans lui laisser le temps de la confession. Le soir, divertissement autour du cadavre el concert, composé de deux fHltes, deux clarincties, un cor, avec accompagnement de castagnettes, chaque exécutant à \ln franc (una peseta) par tête. •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==