JIJSTOIHE SOCI.\LISTE 521 ment put préparer à loisir la loi sur l'enseignement, qui devait, dans son esprit cl scion les espérances hautement avouées du parti clérical, être une loi contre l'Université. Tandis que le gouvernement s'apprêtait ainsi à setonder l'œuv,·,, d'obscurcissement de l'esprit humain, les champions parlementaires de la société moderne n'étant pour la plupart guidés que par l'appât du pouvoir, et ne se ser,·anl de leur thèse que comme d'un moyen de le conquérir, où en était-on, en 1845. dans la partie réellement pensante, vivante, agissante de la société? Jamais l'art, la littérature, les sciences, la libre recherche dans tous les domaines, n'avaient montré plus admirable ensemble, plus luxuriante floraison. En face d'lngres, maître impeccable de la ligne, Delacroix fait éclater la couleur el donne la Yic au dessin; Corot, ~lillct, Jules Dupré font palpiler la nature dans leurs admirables paysâges. Delaroche ressuscite l'histoi1't' dans ses tableaux el décore l'hémicycle de l'Ecole des Beaux-Arts. Et tandis que Rude campe sa Marseillaise si formidablement hurlante au pied de l'Arc de Triomphe de !'Etoile, David d'Angers inscrit son génie au fronton du Panthéon rendu au culte des grands hommes. Daumier jette son crayon terrible il la face des puissants, caricature le Ventre législatif, et son Gargantua venge les affamés. Berlioz, encore étouffé par le mauvais goût qui rive la musique française à la décadence italienne, proteste en beauté et en force par la Damnation de Faust. C'est le moment où le saint-simonien David, retour d'Orient, fait exécuter sa symphonie du Désert, et où Béranger console l(,s utopisws socialistes des railleries bourgeoises par sa belle chanson des Fous. Pierre Dupont commence à chanter en hymnes larges la majesté du tra,·ail. Au théâtre, les dram,'s de Félix PyaL barouenl les puissances établies, ceux d'Alexandre Dumas font de l'histoire une imagerie populai1'C qui monl1'C en raccourci la cruauté de Charles !X, l'ignominie de Henri 111 et symbolise l'avidité cléricale en Go1'Cnflol,le moine pansu cl glouton. Victor llugo, que l'Académie française a dû admellre, après l'avoir repoussf' trois fois, ,·ient d'être nommé pair de France, après avoir rim(• des Odes sur ,Vapoléon que les éditeurs p1•ésenlent au public comme une • véritable épopée napoléonienne•· Mais avant de marquer un repos dans son œu,ï'e immense, où son âme s'est • mise au cenh'C de tout comme un écho sonore •• il a lancé coup sur coup à la foule éblouie Notre-Dame de Paris, où Claude Frollo met son pouvoir de prêtre au service de sa passion d'homme; .1.ltarionDelorme, où l'amom· refait une virginité à la courtisane; le Roi s'amuse, qui molllre un roi se vautrant dans la crapule; Lucrèce Borgia, la fille incestueuse d'un pape; Marie TulÙJr, bourreau rle son peuple pour l'amour de l'Eglise; R1t1J Blas, où un valet fait la leçon aux ministres et se fait aimer d'une reine; tant d'autres œuvres : les Chants du Crépuscule, les Rayons et les Ombres, les Voix intérieures, qui imposent son génie et forcPnl l'adversaire à l'admiration.
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