508 HISTOIRE SOCIALISTE Papeete cl expulsé do l'ile. En memo temps que la nouvelle de cet incident arri- ,ail à Paris, le missionnaire débarquait en Angleterre, où il fui reçu comme un martyr qui vient d'échapper par miracle à la dont des cannibales. La passion religieuse allisanl la passion patriotique, le peuple anglais fui bientôt en ébullition. Que s'était-il passé au juste là-bas, aux antipodes ? Les Anglais n'en a, aient cure ; ils ne \'Oyaient que deux choses : on avait attenté à la liberté d'un citoyen do la libre Angleterre, on avait entravé la propagande religieuse d'un de ses missionnai,·es. L'opinion publique en France, avertie du vacarme par les journaux, ne comprenait pas celle émotion, la lrouvnil disproporlionée il sa cause. Comment e~l-on ,.u dans l'arrestalion de Pritchard un outrage au pavillon britannique ? li n'était plus consul d'Angleterre lorsque survinrent les faits qui amenèrent son expulsion. li avait, lui étranger, troublé l'brdre dans une possession française. Sa qualité cl' Anglais n'était pas suffisante pour lui assurer l'immunité qu'on réclamait pour lui. Si un Français en avait l'ail autant, et avait excité les indigènes contre la France, il s'en COItiré à moins bon compte. La thllso française, présentée ainsi, était Cori juste. Elle se fortifiait encore do ceci : quo, par sa qualité de missionnaire, il avait acquis une grande inlluence morale el matérielle dans celle région de l'Océanie. Les missions méthodistes dont il faisait partie y possédaient des terres, exerçaienl sur leurs convertis une sorte do juridiction, constituaient une sorte de souveraineté collective menant de front le commerce et le dressage des indigènes au travail et à la civilisation. L'innuence de Pritchard avait encore élé accrue par la faveur de la reine Pomaré et par sa fonction, longtemps exercée, do consul de la grande nation maritime. Dans ces conditions, diriger la résistance passive des Tailiens à leurs nourcaux matlres, résistance qui fut encore poussée avec plus do vigueur lorsque l'amiral Dupetit-Thouars amena des missionnaires catholiques et leur accorda les mêmes avantages qu'à leurs confrères mélho~isles, était chose facile à Pritchard. Connaissant l'étal d'esprit do ses compatriotes, s0r de n'etro pas désa\'oué par eux pour avoir résisté à ·1aFrance el au calholicisme, il alla donc de l'avant, conseilla les chefs de l'entourage de Pomaré, leur représenta la France comme un pays insignifiant dont les Anglais avaient tenu le chef en prison comme un rebelle, les échaurra si bien, eux el les populations qui étaient sous leurs ordres, que l'insurrection éclata. On était d'autant plus fondé, en France, à le croire l'unique artisan de ce mouvement, que les autorités françaises y annonçaient que tout était resté dans le calme à Taili dès que Pritchard en avait été expulsé ; ce qui n'était pas absolument exact. On aperÇ(lit, par l'exposé de c~ faits, qwe la thèse anglaise pouvait se soutenir, elle aussi, ot ne manquait pas d'arguments. très forts. Les premiers occupants européens étaient des Anglais, venus là pour propager la Bible et les
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