Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

(J()() HISTOI.RE SOCIALISTE de fonctionnaires créé par le Concordat pour enseigner la soumission au pouvoir, cl prétendait à la direction intellectuelle de la société. Il demanda que les érèques qui faisaient campagne pour le retrait des aumôniers de l'Université, afin d'amener les familles à en retirer leurs enfants, fussent frappés avec toute la rigueur des lois, et non de l'inutile et ridicule déclaration d'abus, comme l'a,·aient été le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, et Prilly, évêque de Châlons. li rappela que la Chambre, dans son adresse au roi, du 25 janvier, avait, sur sa proposition et celle de Troplong, demandé que le projet de loi sur l'instruction secondaire « maintint l'autorité cl l'action de l'Etat sur l'éducation publique ». Guizot était fort embarrassé. Ce protestant chargé de gouverner un pays catholique croyait cl sans cesse répétait que la ,·cligion était le fondement nécessaire à la morale. La religion dominante du pays étant le catholicisme, c'était donc à lui qu'il faisait appel. Déjà, en 1841, il avait obtenu de Villemain, avec l'aide du roi, el sur les sollicitations de Montalembert et du jésuite l\avignan, le retrait du projet de loi sur l'enseignement préparé par Cousin. Dien loin d'être adouci par cette concession, le parti catholique l'avait considérée comme une reculade, et prise pour un encouragement à mener campagne pour la substitution de l'Eglise à l'Université. Si bien que Villemain, sous peine de trahir ouvertement l'Uni\'ersité, dont il était le chef, et l'Etat, dont il était le représentant, se vit forcé, conformément à ses sentiments propres d'ailleurs, et à ceux de la Chambre nettement exprimés dans l'adresse, de déposer les projets sur les petits séminaire~ el sur l'enseignement sccon° daire. On avait donc ce spectacle bizarre et qui devait se reproduire fréquemment jusqu'au moment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, d'un gouvernement préparant d'une main des lois pour défendre la société civile contre les empiétements du clergé, el de l'autre, le comblant de faveurs et de privilèges. Tandis, que Vuillcmain, en effet, se préparait à défendre l'Etat contre l'Eglise, ses collègues au ministère, suivant le haut exemple royal, décoraient des prêtres, donnaient des allocations aux églises, fermaient les yeux sur les congrégations qui se formaient et se multipliaient, allaient meme jusqu'à leur accorder des avantages qui n'étaient dûs qu'aux associations et institutions 1·econnues d'utilité publique par décret. Le dépôt des projets Villemain porta l'agitation cléricale à son comble. Selon le mol de Montalembert, les catholiques devaient former un « parti », et devenir « ce q4'on appelle en langage parlementaire un embarras ». De1 fait, le parti était tout formé ; il avait ses cadres ecclésiastiques et latques, sa presse, les propagandistes, qui étaient les moines, ses réunion~ publiques, qui étaient les assemblées des fidèles pour le culte, son budget, dont l'Etat faisail en grande partie les frais. La Société de Saint-Vincent-de-Paul étail un organe de propagande auquel Ioule action officielle et publique était interdite soua

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