Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOUŒ SOCIALISTE 491 classe politique à côté d'elles, et faire reconnallre ainsi son droit à l'existence. li.;ou le nom de chartisme donné à celte agitation, qui n'acquit pas les droits politiques au prolétariat anglais, mais l'organisa solidement sur le terrain syndical et lui l'alut le bénéfice d'une législation protectrice du lra,ail que le continent dernit imiter de lougues années après. La place manque ici pour tracer les péripéties d'une lutte qui, un moment, fit osciller la forte société anglaise sur ses bases. Obéissant au sens pratique el analytique qui lui est propre comme le nôtre e-t ùc procéder par ,~ nthèse idéaliste, le prolétariat anglais ne fit pas du sociali,;me, mais du S) ndicali,me. li ne mêla nul!e philosophie, nulle rdigio11, nulle politiq~c, à son aspiration continue ,·ers l'amélioration de son sort. li accepta le concours de tous les partis, apportant sa puissance d'opinion à ceux qui lui offraient un avantage, une réforme, un progrès, Si minimes fussent-ils. De mème que les prolétaires étaient la classe opprimée dans le llo.'aumeLni. les Irlandais étaient le peuple opprimé. Par la grande voix d'O'Connel, c,·ux-ci offrirent ù ceux-là l'alliance en ces terme,, en 1843 : « Je vous dis que les Cobdenistes, les $turgistes,. les ,\twoodistes, les Crawfordistes, ne sont que des sections du capitalisme, du whigyisme. Je voth dis avec raison que, tanl qu'il y aur3 des hommes intéressés à exploiter le travail, el disposant de la force, le travail sera exploilé. La loi supprime le pauvre ; la loi est faite pour le riche. Dans celle question, tous les opprimé, ont le même intérêt. Les lrlandai~ doi,enl S)mpathiser a,·ec les chartisté, d'Anglelerrc ... Que tous ceux qui souffrent s'unissent, serrent leurs rangs, l'l le trauil triomphera de ses oppre,;seurs. » Le trarnil ne dernit pas triompher de ses oppresseurs, puisque "" triomphe e,-t daAs leur disparition, mais il do, rail créer une puissance qui prendrait peu à peu conscience d'elle-mème et des ses destinées. Déjà, d,·, signes nombreux annoncent que les deux forces économiques du prolétari:ot anglais : la coopérative et le syndical, se préparent à l'emploi des mo) ens poli tiques non plus seulement pour augmenter la parl des travailleurs dans la rép~rtition des produits, mais pour leur donner la souveraineté complète ~t réaliser ainsi la démocratie sociale. A l'époque où grandissaient en France l'action et la pensée socialistes, ete11 Angleterre le syndicalisme ouvrier, le mouvement soci"I en Allemagne s'éveillait à la voix de Guillaume Weitliug, qui sv11it reçu à Paris la doctrine corn munisle: Le jeune ouvrier tailleur, pour lancer l'idée parmi ses compalrioles, se fit écrivain. Sa brochure : l'Humanité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait tire, inspirée des écrits de Dézamy, de Laponneraye el de Pillot, le fit expul ser de France en 1841. ~lais de même qu'elle avait gagné au communisme les ouvriers allemands fixés à Paris, elle y gagna ceux qui s'étaient réfugiés en Suisse à la suite de l'échec des mouvements libéraux de 1830, puis pénétra en Allemagne.

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