Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOJHE SOCIALlSTI:: déré celle loi adoptée par lui comme « la plus raisonnable, la plus utile » ; il l'a faite « dans l'iutérèt de sa santé cl du bon ordre dans le tra,ail ». Aussi, celle 101 est-clic « la mieux exécutée ». En matière religieuse, les Icariens sont libres relati,emcnl. Il y a cependant un culte public. « .\ous avons, dit l'icarien qui pilule le ,o)agcur, des prêtre-ses pour les femmes comme des prêtres pour les hommes. » Et lorsqu'il y a un différend dans le ménage icarien, « le prêtre ou la prèl1t•s-e ,·ieul quelquefois joindre l'autorité de sa parole aux lcudn•s exhortations de la famille pour encourager les époux à chercher leur bonheur ou du moins la paix dans la ,·crlu ». Pm-que, pour Cabet, c'est l'organisation ,icicusc de la société qui produit les crimi1iels, il ra de soi qu'en Jcari·c le crime est une exception monstrueuse. La science moderne confirme de plus en plus cette notion, reçue par Cabet de la philosophie rationaliste du dix-huitième siècle, qui crnl justement au double pou\OiJ· de l'éducation cl du milieu social sur la formation c.h~..; t'aract.)rc.-... \lai, il poltlT:-til ~c lrou,rr. ni~mc eu le:1rÎ<', « q11rlqw~ hntl:.d dont la l'iolencc rnc11aç,U la sécurité publique ». S'il cxi,toil « une h,'tc de celle espèce », dit Cahct, on la « traiterait » dans. un ho-p1ce, cl si la « jalousie d'amour >) pous-.::iilqurlqur malheurèux au crime, « on lraitcrait le meurtrier comme un fou >>. Il y a des trihunaux, cependant, en Icarie, pour juger lcô infractions à l'ordre établi. La fonction de juge n'est pas •pécialisèe dans un corps professionnel, mois cxer<'ée pnr tous 1cc; citoyens. Le:--.pén3lité.;;sont ordinairement morales : « la déclaration du délit par le trihunal, la censu1e, la publicité du jugement plus ou moins étendue. » Pour les délits plus gra,6. le tribunal prononce « la privation de certains droits dans l'école ou dans l'atelier, ou dan.; la ro11unune, re...:du:--ion plus ou lllûlll"-' longue <le certain"' lirux puhlic--. même de la maison des citoyens ». L'lcarie, si hcurcu-c sous cc n1gime d'ègalité cl de ,·crtu, e11tcnd-cllc jouir égoi,temenl des bienfaits qu'il lui procuro? Que non pas ! Cabet, dans son rom::in, nous raconte les séances du Congrè-. uni\'cr..;cl, réuni sur l'initiati\'C de la 11épuhliquc icarienne, « où furent proclamés la paix, le désarmement général, la frntcrnité ries peuple•, la liberté du commerce d'importation el d'exportation, l'abolition des douane•, même la suppression sur les monuments publics de tous les emblèmes qui, dans chaque nation, rappelaient aux autres nations l'humiliant souvenir de leurs défaites ». Il ajoute que « ce premier congrès organisa mèmc une confédération et un congrès féMral annuel». Comment établir ce régime d'égalité et de paix fraternelle entre les individus et les peuples ? \'ous sa\'ons déjà que Cabet est contre l'emploi de la force. A ceux qui lui demandent son avis sur l'utilité des ré1olulions. il répond nettement : « Ni \'iolcnce, ni révolution. par conséquent ni conspiration, ni attentat. » On mt>llra trente ans, cinquante a.n~, cent ans s'il le faut, mnis on

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