Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 439 du ministre des Travaux publics, qui élail Teste, l'ancien libéral, frère du ,ieux républicain communiste ami de Yoyer d'Argenson cl de Buonarolli. Lc5 complaisances du ministre pour certaines compagnies, sans être suspectes encore, araienl paru excessives, mCme à la Chambre, qui n'a,·ait pas ratifié la concession demandée par la Compagnie du .\'ord cl qui assurait à celle compagnie quatorze à quinze millions do re, enu net annuel pendant quarante ans pour une arnncc de soixante millions. Ce qui, a,ec les débours faits pour la conslruclion do la voie, les indemnités d'expropriation, l'intérèl du capital engagé, le remboursement du matériel à la compagnie à la fin de J'exploilalion, représentait pour l'Etat une dépense totale de neuf cents millions. Tandis que le ,\'alional el la Phalange protosfaienl contre un marché aussi onéreux pour le public, les Débats s'écriaient : « U es! é,·ident pour tous les gens sensés que \l. de l\olhschild sollicite le pri, ilège dè -e ruiner. » Les Chambres curent plus de pudeur, et dans le traité définitif, la Compagnie du .\'ord dut accepter de rembourser à l'Etat les frais de constl'Uclion de la mie et de renoncer à la clause du remboursement rlu matériel. ~lalgré ces concessions, ~!. de Rothschild ne se ruina point, cependant ; deux an~ ap,·ès, les actions s'élernient de cinq ceols à huit cents francs. Pour le chemin de fer d'.\vigoon à ~larscille, Talabot, le concessionnai1-e choisi par le ministre. fut agréé, bien qu'une compagnie rivale eût présenté sa soumission et demandé qu'elle [ùt examinée contradictoirement avec celle de la compagnie Talabol pa,· une commission de la Chambre. Teste ne présenta à la Chambre que le projet Talabot, et la Chambre ratifia. Les choses n'allèrent point aussi facilemenl pour la ligne d'Orléans à Tours. Ln capitaliste anglais, nommé I3arly, fortement appuyé par lord -\berdeen auprès de Guizot et pa.l' lord Co,dey auprès du ministre des Trarnux publics, arnil demandé la concession de celle ligrtc. Il chargea de ses intérêts, à Paris, Edmond I31anc, qui était au mieux avec les ministres ~t dinait fréquemment avec eux, et s'en alla à Londres réunir les capitaux nécessaires à uoc entreprise qu'il étail d'autant plus sûr d'obtenir que, le 30 septembre 184.2, Teste lui avail écril : « Vous pou.,·ez biller la conclusion en rapportant dans le plus court délai la ratification des honorables capitalistes anglais. » ~!uni de c2tle lellre, il trouva facilement à Londres les capitaux nécessaires, d'autant que son mandataire, Edmond Blanc, lui adressail de Paris une lettre où se lis:iicnt ces lignes : « Ce matin, le ministre m'a fait dire qu'il était impatient de vous voir, qu'il vous attendait pour sigoer le bail, et qu'il voulail présenter le projet avant quinze jours, qu'il tenait à ce quo votre concession fûl approu~éo el autorisée la première ; qu'enfin il avait, jusqu'à ce jt>u1·, repoussé toutes les propositions rivales qui lui avaienl été fait,es. » La société constituée, Barly revient à Paris et apprend que le ministre,

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