436 IIISTOJ.I\E SOCIALISTE barons qui « font payer le fer à la France le double de cc qu'il vaudrait sans celle protection. Même résultat pour les houilles ». Et fousscncl s'écrie avec une fureur ironique : « Jamais la noblesse d'autrelois n'a re,•endiqué pour elle seule le droit de se nourrir de \'iandc de bœuf. ~l. le maréchal Bugeaud m'a tenu une fois trois heures, sur le trottoir de la rue de l'l ni1·crsilé, pour me prourcr que le peuple français était intéressé ù ce qu'il ne se co1tsom,nùl en France que de la viande nationale, c'est-à-dire de la viande provenant de ses pâturages à lui, grand propriétaire de la, Dordogne. JI n'a pas réussi à me faire renoncer à celte sotte opinion : que la première condition d'une viande nationale était d'lltre abordable aux estomacs Hationaux. » Le patriotisme, bien plus impérieusement, bien plus sûrement qu'à l'occasion des él'éncmcnts d'Orient, eût dû faire au gouvernement une loi de ne pas céder aux réclamations des quall'C puissances cl de conclure le Zollverein franco-belge. Mais le nationalisme des gros intérêts des maitres de la production opposés à ceux du peuple, des capitalistes qui considèrent le pa)S comme leur domaine el ses habitants comme leur clientèle au sens le plus étroit du mot, ce nationalisme-là parlait plus haut que le patriotisme aux oreilles du roi el de ses conseillers. Le projet d'union douanière fut donc abandonné, c: Guizot pul se donner le facile mérite d'avoir cédé aux prières des intérêts nationaux alarmés, cl non à la memcc de l'ctrangcr. ün scandale éclata sur ces entrefaites, qui prouva que les gouvernements ne se vouent jamais impunément au culte des intérêts matériels des plus fol'ls et des plus riches, el Cju'untel abandon de la puissance publique donne fatalement le signal de la débâcle morale dans les rangs des fonctionnaires. On était au plus fort des travaux entrepris sous la direction de Rambuteau, préfet de la Seine depuîs 1833, pour améliorer la viabilité parisienne et assainir en même temps l'immense cité. Circonstance on ne peut plus favorable aux spéculations ~ur les terrains. On pense bien que les capitalistes ne l'avaient pas laissé échapper. Mais il y en eut qui ne se contentèrent pas d'acheter à bon prix un lot de maisons qu'on supposait devoir être un jour expropriées, el d'escompter le bénéfice de celle opération, que le code de la bourgeoisie cl sa morale déclarent également licite. Ils voulaient jouer à coup sûr, et pour cela ils achetèrent, en l'intéressant à leurs gains, le chef du bureau de la grande voirie et des plans de l'llôtel de Ville. Celui-ci, nommé Ilourdequin, s'associa ses subordonnés, et, avec leur complicité, organisa une véritable entreprise commerciale de coneussio11 et de chantage. Les spéculateurs el les entrepreneurs se procuraient les plans d'alignement arr!lés par le préfel moyennant quinze ou ,·ingt mille francs. Les propriétaires expropriés qui ne s'étaient pas mis en règle avec cette
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