430 1-USTOJ:RE SOCIALISTE du drapeau de la France el s'écria : « Je m'honore d'avoir eu ce couragelà ! » Puisque lui, Thiers, avail dépensé cc milliard à la défense du pays, ou plutôt à fanfaronner lout en prévoyanl la reculade finale dont il avait imposé le désagrément à son successeur, il étail clair que celui-ci n'avait plus les ressources suffisantes pour eulreprendre une œuv,·e aussi considérable que l"établi,,,cmenl d'un réseau complet de chemins de (cr. D'ailleurs, ajouta-t-il, on s'est beaucoup lrop engoué des chemins de fer. l\on qu'il les estimnt inutiles, comme on l'a prétendu. Dans celle séance du JO mai, il déclarait croirn « à l'immense avenir des moyens de viabilité qui ont consisté à substituer' à la faiblesse des animaux le moteur tout puissant, quoique dangereux, qu'esl la ,·apeur ». ~lais il trom·ait que le ministère voulait faire trop grand, il lui reprochait <l'éparpiller ses moyens en entreprenant tout le réseau il la fois. Et il présentait en ces termes, lui qui ne voyait grand qu'en matière militaire, la conception du ministère : « Yous ressemblez à ces habitants d'une ville, comme Pari5 par exemple, qui a,aient plusieurs ponts à construire sur la Seine. Qu'auriez-rnus dit si ces habitants de Paris au lieu de fai,·c d'abord un pont, puis un autre, el de s'a,,urer le moyen de passer la ri,ière une fois, ayant de chercher à la pa•ser sur plusieurs points, m airnl commencé à fai,·e une arche de Lous Je5 ponts de la Seine. » Voilà les arguments, voilà le style qui ont fait à Thiers, dans les chambres de la monarchie de Juillet, la réputation d'un orateur. Lui qui n'avait pas trou,-é assez de millions pour les opposer à la puissance militaire de nos ,·oisins, il rabaissait leurs moyens économiques pour les bcsojns de sa lhè,e. fi raillait ceux qui nous menaçaient de leur concurrence commerciale pour passer à l'exécution du réseau, et déclarait que l'Allemagne n'arnit pas \'ingt kilomètres de chemins de fer de plus qur nous. Quel que fùl son désir de , aincrc le ministère, celui de la Chambre, qui était de donner aux capitalistes, sous le couverl de l'intérêt public, un immense terrain d'exploitation, l'emporta. Le fouriériste Toussenel résuma (_orl éxactcment à cette époque l'ntlitudc respective des capitalistes el du goU\·ernement dans ces débats qui rnnt de 1837 à 1841 : « Un capitaliste se présente : « \'oici, dit-il, u'ne ligne de chemin de « fer qui me ,a, qu'on me l'a donne ! ,, El le gouvernement la lui donne. Si la spéculation s'annonce bien, le spéculateur la garde ; mais si la chose ne se place pas avantageusement, si le spéculateur est forcé d'opérer avec son capital, il en est quille pour renoncer à la concession et pour la rendre au gouvernement, en disant qu'il a changé d'aris sur l'affaire de l'autre jour. De l'intérêt du peuple cl du Trésor, pas un mol dans tout ceci. On appellera le peuple quand il y aura quelque chose à garantir, le moment ne lardera pas »
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