Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOII\E SOCIALISTE cl, c11 corn,i<léranl ,otre ~upériorité naturcUc sur moi, je <loi:;en être con- ,·aincu ; mais l,,1 raison n'e~l pas tout l'homme. » \1,11, ce n'était pas en ,ain que le puisant cerreau de Lamennais a1a1t opprimé quelque temps celui de Lacordaire. Celui ci s'était fermé à la raison, mais il en arnit reçu les formes extérieure,. En sorte que Lamennai, ne l'a,ait rapproché du siècle que pour l'y oppo,er plus directement. Cultirnnt le don oratoire qu'il a1ait, il rajeunit l'éloquence de la chaire, la rendit plus actuelle, montra, selon l'expression de ~lontalcmbcrt, « une heureuse facilité à maitriser l'imagination de ses contemporains comme à utiliser leurs préjugés. » Aussi y a\'ait-il foule à ses conférences de ;\'otre-Dame. Pour un peu, on y e0t applaudi comme au théâtre. Epousant la légende napoléonienne, il lit, nous dit son apologiste, « du météore impérial un des lieux communs les plus répugnants el les plus malaYisés de la chaire chrétienne ». De même qu'il réclamait pour l'Eglist' la liberté d'cu finir a,ec la liberté, il employait le vocabulaire moderne pour ramener au passé les Ornes de son temps. li tromait des accents pittoresques et pressants pour maudire le progrès en des apostrophes telles que celle ci, où l'amour de la nature el de la liberté est opposé à la science qui organise cl aménage le monde : « Oui, montagnes inaccessibles, neiges éternelles, sables br0lants, marais empestés, climats deslruclcurs, nous , ous rendons l(r2cc pour le pa•sé cl nous espérons en vous pour l'a, enir ! Oui, mus nous conscrrcrcz de libres oasis, des thèbaJdes solitaires, des sentiers perdus ; mus ne cesserez de 11ous 1wotégcr contre les forts de cc monde ; mus ne permettrez pas à la chimère de préraloir contre la nalure el de faire du globe, si bien pétri par la main de Dieu, une espèce d'horrible cl étroit cachot où l'on ne respirera plus librement que la npeur, et où le fer cl le reu seront les premiers officiers d'une impiloyable autocratie. » Son laient el la popularité qu'il lui rnlait, il les employa à faire accepter son habil, sa doctrine, sa c-0ngrégation reconstituée. Il opposa l'opinion publique à la loi. « On a dil que les communautés religieuses étaient i11tcrdiles en France par les lois, écri,ail-il dans son .1/i'moire pour le rttab/u. semrnl des frère, JJl'êcheurs ; plusieurs l'ont nié ; d'autres ont soutenu <1uc ces lois, supposé qu'elles existent, avaient été abrogées par la Charte. Je n'examinerai aucune de ces que~tions. Cor je ne me présente, en ce moment, ni à la tribune ni à la barre d'une cour de justice. Je m'adresse à une autorité qui est la reine du monde, qui, de temps immémorial, a proscrit des lois, en a fait d'autres, de qui les chartes clics-mêmes dépendent... C'est à l'opi. nion publique que je demande protection. ~ Et pour s'en concilier les parties les plus agissnntcs, el her sa cause au mou1emcnl qui se dessinait en fa,,cur de l'association, il déclarait que « les associations religieuses, agricoles, industrielles, sont les seules ressources de l'avenir contre la pcrpéluilé des rérnlutioll6. Jamai&,a.ioulait il, le genre

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