Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCIALISTE nellemenl à ,·os princes, à vos rois absolus, le pied sur notre gorge, el de leur abandonner pour jamais dans Landau, dans Luxembourg, dans Mayence, les clefs de Paris, je suis d'avis d'une pari que ce n'est pas là l'inlérèl de voire peuple, de l'autre que notre devoir est de nous y opposer jusqu'au dernier souffle. » Tandis que le patriotisme outragé, se donnait ainsi carrière, ré,·eillait le nationalisme conquérant mal assoupi, jetait des regards enflammés sur le Rhin, que des manifestations de la garde nationale demandaient la Marseillaise aux Tuileries, el que le roi venait les saluer aux sons de l'hymne révolutionnaire ; tandis que l'agitation était partout, dans les théùtres où, dit ~I. Thureau-Dal!- gin, on intercalait dans les pièces • des phrases belliqueuses aussitôt saisies el applaudies », que faisait Thiers ? Thiers se réjouissait de voir se détourner sur l'Anglcterrs, sur les puis• sances continentales, un orage qui eùl pu fondre sur sa diplomatie, sur sa politique. Aussi, laissait-il toute latitude aux manifestations el faisait-il ostensible ment des préparalifs de guerre. Les Chambres étaient en vacances depuis le 14 juillet. Il ordonnança les dépenses nécessaires pour augmenter l'effectif de la ,n,.1rine de dix mille hommes, cinq ,·aisseaux de ligne, treize frégates, neuf bâtiments à ''?peu,-. Il fit appeler à l'activité les jeunes gons disponibles des classes 1836 à 1839, créa douze nouveaux régiments de ligne el cinq de cavalerie, engagea pour cent millions de dépenses pour le matériel et l'effectif, ordonnança un autre crédit de cent millions pour commencer aussitôt la construction des fortifications de Paris. En agissant ainsi, il était pleinement dans le sentiment public. llenri Heine écri\'ait à la fin de juillet : « La coalition entre l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse contre le pacha d'Egypte produit ici un joyeux enthousiasme guerrier plutôl que de la consternation. Tous les Français se rassemblent autour du drapeau tricolore, el leur mol d'ordre commun est : Guerre à la « perfide Albion ! » Thiers ne se bornait pas à son rôle de chef du gouvernement. Il ambitionnait la gloire de faire de la haute stratégie ; il remit de conduire les troupes à la victoire du fond de son cabinet. où on pouvait le rnir couché è plat ventre sur le parquet, piquant des épingles de diverses couleu1·s sur des cartes élalées, jalonnant les routes qJÜ menaient aux lieux des grandes \'ictoires du Consulat et de l'Empire. Quant au roi, il sentait que le souffle révolutionnaire aurait emnorté son trône s'il eùt fait mine de retenir son ministre dans ce moment d'eITen•escenœ, La rente baissait à la Bourse : le 3 •/. tombait en quelques jours de 86 Ir. 50 à 70 fr. 70; les actions de la Banque ellc-mème, confortée de la veille cependant par le renouvellement du privilège, descendaient de 3 770 à 3 000 francs en moins de quinze jours. Malgré cela, Louis-Philippe prenait le ton du jour el mellait son chapeau en bataille.

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