Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCI.\Ll TE 301 D'ailleurs, la France ~tait engagée. a situation méditerranéenne la met tait forcément en antagonisme a,·cc I' \nglcterrc. Elle possédait .\Iger, malgré le mau\'ais \'Ouloir de celle-ci en 1830. La Grèce était sa protégée, les région~ catholiques du Liban égaleinent. L'Eg)ple de,a,t <a prospérité économique aux capitaux français. Autant d'obstacles à la puissance maritime de !'Angle terre. D'autre part, Berryer était dans le , rai !or-qu'il montrait en ces terme, la nécessité pour la France de ne rien abandonner d,, ce domaine territorial et d'influence : « Que de, icndront, disait• il, toutes les productions <1ue \'OUS excitez dans la France? Cette immense machine à ,apeur, ainsi mise en momemcnt, ain,i cha~lïéc par le génie, par r:u ti, il,'. par Jïntfr,'t ,le tou,. ne fera t-elle pas une terrible explosion, si les débouchés ne sont pas conquis ? " Voil~ le mol prononcé : les débouchés. C'était pour assurer le libre corn mcrcc de l"opium, pour a,oir monopole d"empoisonner quatre C•'nl< inti lions d'hommes, que l'Angleterre, dans le même moment, bombardait les ports chinois. Pour a,surcr une clientèle à ses prorluctcur,, la France de,a1t !:(ardcr la haute main sur l'Eg) pic et sur la Syrie. Pour les mêmes misons. <a concurrente agitait l'Eurnpc cl allait la coalise,· contre nous. ~lais cc n"était pas par la rorce que la France pou\'ait espérer conser,er et accroitre ses arnntages en Orient. Le lan,::agc belliqueux qui retent,s,ait fréquemment à la tribune, et qui était en si profond désaccord U\ec la politique de Louis-Philipre, ne poui-ait qu'exciter I' \nc:leterre et lui rournir de• prétexl,•s contre nous. Cn ambassadeur à Constantinople un peu plus habile, et •urtout plus fidèle aux indications que lui donnnicnt les é1 énements eux-mêmes, eût bien mieux ,·alu que les récriminations parlementaires dont ~letternich s'emparait pour détacher de notre alliance incertaine ln diplomatie anc-lai•c. Nous a\'ions à Londres, en la personne du premier ministre, Palmerston, un ennemi irréductible. ,\utoritaire et peu scrupuleux, il a,·ait toutes les qualités qui firent, il y a quelques années, la fortune de )1. Chamberlain. Tenace et audacieux, sans cesse entretenu en belle humeur par une absolue confiance en lui-même, dédaigneux de tous les obstacles. et ses propres déclarations de la veille n'en étaient pas pour lui, habitué :\ malmener un Parlement docile, sourd aux conseils timorés de ses collègue•, carh.int une réelle adresse sous une apparente imprudence de casse-cou, doué d'une incroyable puissance de travail, il devait battre Louis-Philippe doublé de Talleyrand, puis de Guizot. Le roi, en effet, n'avait osé ni suivre l'.\ngleterre en 1833, ni so servir des puissances du Nord pour la contenir en 1839. Et lorsque Motternich avait proposé la réunion d'une conférence, et brusquement présenté à la signature des puissances une note en ce sens, il avait consenti à régler avec l'Europe une question qui eût pu se régler sans elle, s'il eût eu un peu plus de déci•ion. et surtout de suite dans les desseins. Le 27 juillet 1839, les ambassadeurs des grandes puissances avaient

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