Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

376 IIISTOll\E SOCIALISTE n'ayant pas d'existence légule, le procès tourna à son détriment. Elle dura, ou plutôt ,-il-ota, sans ccs,e c11diminuant, jusqu'en 1873. On le ,oit : comme faits, peu de chose. Autant dire rien. ~lais partout une semence qui germe, moins que cela : un rêve. Mais ce rêve, si exalté qu'il soit chez les uns et si mystique chez les autrns, n'est pas le consolateur platonique des courtes heures de repos. Il est le désir, il est l'espérance, il est la ,olonté, qui peu ù peu grandiront, se préciseront, s'affirmeront el un jour de ré,·olutio11 prrralront leur , ol, pour retomber bri~és, mais non lassés, el se retormer sur u11pla11 plus conforme à la réalité de l'uni\"ers el au pouvoir de ses chétifs habitants. CII.\PJTIII•: \'li LA POLlfflQUE DES AFFAIRES La loi t.lcs incompatibilités parlementaires. - Thiers rejette la Chambre sur les lois d'arfaircs. - Tout pour les rentiers eL Jas banquiers, rien pour la boutique cl l'atelier. - La conversion, les chemins de fer, les mines, la Banque de France. - Thiers propose de nimencr en Franc? les cendres de Napoléon. - La Chambre rejette la reforme éleclorale. - Les bam1uets pour la réforme : les communi5tes organisent le leur. -- L'éch:i.urfourée de Coulogne : Louis Bonaparte interné à 11am. Revenu au pouvoir, Thiers allait avoir à luller à la Cois contre le monarque qui l'a"ail appelé à co11lrc-cœur et contre une Chambre dont les éléments de .droite ne le soutiendraient pas dans ses actes gouvernementaux el dont les éléments de gauche le serviraient mal dans ces actes, en même temp; qu'ils lui susci!eraienl Ioule sorte d'embarras en suivant les doctrinaires, qui se découvraient subitement une austère tendresse pour les principes. Les républicains s'indignaient de voir la gauche monarchique prendre pour chef de file un homme dont l'opposition au pouvoir n'avait jamais été qu'un immense appétit de pouvoir. « Il faut, disait le National (6 mars 1846), que noire opposition constitutionnelle de dix ans soit tombée bien bas dans sa propre estime el désespère bien de sa fortune, pour placer ainsi à fonds perdus son honneur el son avenir sur la tête d'un a\'elllurier politique. » Le National en parlait bien à son aise, lui qui n'avait rien à allendre du pouvoir, que des rigueurs, ou des tentatives de détournement, par corruption, de ses rédacteurs. Odilon Baral avait trouvé le mol de la situation, lui qui voyait avec regret se former le nouveau courant : « Je ne puis les tenir, disait-il; ces pauvres hères ont faim depuis dix ans.• Or, au moment où ils s'allablent, il leur faut avaler un premier plat de reptiles, voler les fonds secrets. Ils ferment les yeux el avalent. Ministérielle, maïa gardant son pri,·ilège aristocratique d'ironie, la Rev11e des Ueux Mondes co~

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==