Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

372 HISTOmE SOCIALISTE laient <1u·c1t1uant la concurrc11cc, il brisait tout ressort humain et para.Jysait la marche du prog1·ès continu. Ces opinions étaient défendues par des prolétaires d'un véritable talent, mais qu, a,aienl réfugié loul leur idéalisme dans le domaine du sentiment cl de la morale. lis faisaient des articles sur le salon des beaux-arts et sur le li, rc cl',\gricol Perdiguier contre l'cxclusi, isme ignorant el brulai du compagno11nagc. .\luis leur réalis111cécouomiquc cl social ne les portait pas à <lépasscr le cercle des questions strictement ou,rièr<:s el à entrevoir la complexité du problème social, ni par S) nthèse cl encore moins par analyse. Cependant il y a, ait là, en som111c,une bonne école d'éducation et de solidariM ou, 1·ièrcs. Ces prolétaires, c'étaient le typographe Lene,cu, le serrurier Gilland, dont 11artin-Sadaud nous dit qu'il passait parfois la nuit entière à rédiger son article cl 11ucCcorgc Sand cl « plusieurs autres gr:mds maitres de notre langue >> appn.'.:citticnt « co,nrnc écri, ain )), Pascal, le sculpteu1· Corbon, « dédaigneux cl très raide pour les \'antards el les faiseurs d'embarras », Agricol Perdiguier, le réformateur du compagnonnage. « A part ses articles dans Je journal l'.t/e/ier, dit ~lartin-Sadaud, cet ho111me,•écllcmcnl laborieux faisait chaque soir un cours de dessin el de coupe de pierre aux ouvriers désireux de s'instruire. " Tous, y compris ~Iartin-.\'adaud, polémiquaient avec mesure, mais sans hlcher pied, a\'CC les quatre journaux communistes : le Populaire, que Cabet fait reparaitre aussitôt la publication de son Voyage en Icarie ; la Fraternité, qùll rédigent les révolutionnaires amis de Blanqui ; l'//umanilaire, qui est fondé par des ou, riers, mais accepte des articles de quelque part que ce soit, à condition qu'ils soient communistes, athées et matérialistes, affirme la nécessité d'abolir le mariage el la famille, les villes, les arts, bref le programme de Babeuf : « la suffisance, rien que la suffisance» exaspéré par la misère cl l'ignorance de ceux qui Je formulent ; enfin le 1'raL'ail, de Lyon, qui est rédigé exclusivement par des ouvriers. En 1840, l'lntelliyence, publiée depuis 1837 par le communiste Laponnernyc, cessait de paraitre. « Nous voulons, disait-elle, au milieu d'une société gangrenée d'égoismc cl de corruption, relever le saint drapeau de l'intelligence el du droit commun ; nous voulons substituer à la prédominance des intérêts matériels celle des intérêts moraux. >J Son but : le communisme fraternel ; mais comme moyen de transition, on acceptait l'association des ouvriers el des capitalistes ; sa doctrine : la perfectibilité indéfinie de l'homme, le progrès incessant de l'humanité. C'était, en somme, avec beaucoup de religiosité, un compromis entre le babouvisme, le saint-simonisme et le fouriérisme. Les ouvriers parisiens lisaient avec faveur l'intelligence, que Dézamy remplaça par l'Eyalitaire, avec la collaboration de Richard de Lahautière. L'Eaalitaire portait sa critique sur l'empirisme des d6111ocrale8, qui croyaient que le but de toute agitation humaine était la réforme électorale

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