Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

366 IIISTOIHE SOCIALISTE ~lais lorsqu'ils apprirent ce qui s'était passé et comment l'autorité réglait son attitude sur celle des e11treprcneurs, les grévistes changèrent la leur. napidcmenl, le, chantiers se ,1dèrent, la plupart de l>on gré et sous le coup de l'indignation légitime qu'éprou\aicnl le~ OU\ ricrs ainsi arrèlé:, au moment où ils cs!iayuir11l Je discuter a\·ec modération, quelques-uns sous la pression éuergiquc Je~ g1 é, i!--les. Sur l'heure, tous les tailleurs de pierre chômèrent , olo11tairc111c11l et mirent en interdit les cha11tiel's où les entrepreneurs a,aienl fait ,cnir des ouvriers de province. Les maçons, après une réunion tçnuc au Champ ùc \lars, se joignirent à eux, mats reprirent nssez vite le travail. li n'en ful pas de même des autres corporations de compagnonnage, et bientôt, sur un mol d'ordre de l'Union èles travailleurs du tour de France, la grè, c ful géné1:ale dans. toutes les industries du bâtiment. C'étaient chaque joui· des collisions dans la rue e11Lreles gré, isles cl la police. Les prisons ,·taienl pleines d'oU\ riers. Sitùt qu'une corporation nommait des délégués ou des s~ndics, ils étai en\ incarcérés ; immédiatement on les remplaçait par d'autres ca,oarades aus$Ï dé,·oués. au,5:i ardents à la lutte. Les quartiers de la porte Saint-Denis, de la porte Saint-Martin, du faul>ourg Saint-'.1\ntoine, de la place ~laubcrl, du faubourg Saint-\larceau, entraient en effervescence. La garde nationale était sous les armes. Thiers appelait à Paris les garnisons emironnanles, et les régiments prenaient position sur les points où l'agitation semblait la plus intense. Les ButtesChaumont étaient de,enues le centre de l'action ouvrière, et on put croire un moment qu'elles allaient _dc,•cnir le ~lont-,\\entin du travail. Les· membres dispersés des Saisons s'étaient réunis en société des Communistes. les uns sous l'inspiration pacifique de Cabet, qui commençait sa propagande par des conférences, les autres, en plus grand nombre, s'en séparant bientôt pour former les Egalitaires et se proclamer disciples de Babeuf cl Sih·ain \faréchal. D'autres encore, désireux d'agir, avaient formé des Bastilles, groupes militairement organisés où un caporal commandait quatre homme~, un sergent dix, un sous-lieutenant vingt, et un lieutenant quarante. Il ·' a, ait d(•s cornmunistrs parmi les délégués des ouvriers réunis en permanence aux Bulles-Chaumont. La Jloclde nous dit qu'ils « s'étaient entendus et formaient une sorte de congrès pour maintenir la résolution des ou,Ticrs ». Dourille, un des chefs des Saisons, essaya d'enlralner cette masse exaspérée par des conflits journaliers a,ec une police agressive el brutale. Mais les ou,riers n'avaient pas d'autre but que d'obtenir les améliorations inscrites dans leur programme. Dourille « se sentit étouffé, dit notre policier, au milieu de la sérieuse préoccupation de ces hommes qui croyaient plaider justement pour le pain de leur famille ». Découragé, il « ne se trouva pas de taille à donner .Il cette Coolele signal

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