Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

304 IIISTOI HE SOCIALISTE l'exemple des tailleurs cncourageail les ouvriers, étendait la grève ù toutes les corporations, et en même temps les solidarisait clans un rnouvement commun. li n'y a l'ail plus qu'un moi en de sauvegarder les intérêts du patronal tout enlier, c'était d'appliquer la loi dans toute sa rigueur et de ne plus tolérer aucun rassemblement d'ou\Tiers: Les menuisiers torubèrent les premiers sous les coups de cette noU1elle p.-océdure. L'affaire de la barrière du ~laine, loin de les décourager, les excita enco1·e da, anlage. Ils se réunirent rue Saint-Lazare, rue Cadet, dans d'autres salles encore. La police enrnhiss"it kurs réunions, les dispersait, faisait des arrc;;talions en masse. Une délégation de huit membres alla trou,er le préfet de police pour lui demander que les menuisiers fussent traités comme l'avaient été les tailleurs. On la .-etinl prisonnière à la préfecture, puis, provi soirrmrnt, ,es membres furent relâchés. i\'était,.on pas s0r de les reprendre? Toul Ol11-rierélu délégué on syndic par ses camarades était de ce fait voué à la prison. On dispersait les réunions des menuisiers. Ils les transformèrent en mani- /cstations dans la rue. Les charpentiers se jo_ignirent à eux el tous ensemble envoyèrent une pétition au ministre des Travaux publics exposant leurs revendications : journée de douze heures, paiement des heures supplémentaires et suppression du marchandage. C'est à cc moment que les tailleurs de pierre cntr~rent eux aussi en mouvement. Deux mille cinq cents d'entre eux se réunirent le 25 aoOt, autorisés par le p,·éfcl de police. et nommè,·ent trente délégués, ou syndics, clMrgés de s'entendre al'CCles entrepreneurs. Pourquoi celle autorisation, après les·interdictions précédentes ? Parce que les patrons consentent à discuter avec leurs ouvriers. C'est du moins le motif qu'on avoue. Nous allons voir tout à l'heure que les ouvriers n'y gagneront rien. Dans cette réunion, une délibération fui prise, longuement et fortement motivèe, contre le marchandage. Par celle délibération, l'engagement présenté à l'acceptation des patrons est qualifié « un engagement d'honneur, jusqu'à ce que l'autorité, suffisamment éclairée par les soussignés comme aussi par les entrepreneurs et les hommes de l'art à ce connaissant, rende obligatoire pour tous une mesure dictée par un sentiment de justice et d'humanité "· Mais les employeurs refusèrent d'accepter le compromis, rédigé en six articles, qui devait substituer le travail à la j~urnée (douze heures l'été et dix l'hiver) au trarnil à la tâche et supprimer le marchandage des tâcherons. Un. des trente syndics, Vigny, refusa de signer ce document avant de s'être assuré que l'autorité n'y voyait rien d'illicite. Sa préoccupation de légalité ne le sauva pas du sort commun. Du moment que les entrepreneurs refusaient Ioule entente, le règlement proposé par les ouvriers devenait un acte de coalition, un délit. L'autorisation de se réunir, accordée aux maçons et tailleurs de pierre pour nommer leurs délégués, fut le piège o!l l'on prit ceux-ci, afin

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