Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIJSTOll\E SOCI \LISTE l'ouragan. J'rappc, cxlèrmine sans pitié les vils satellites, complices volontaires de la tyrannie; mais tends la main à ces soldats sortis de ton sein, qui ne tourne• ront point contre toi des armes parricides. • En avant ! \ïve la République ! • Barbès, Voyer d'Argenson, Auguste Blanqui, Lamennais, i\lartin-I3ernard, Dubosc, Laponneraye. » Les noms de \'oycr d'Argenson el de Lamennais avaient été mis à leur rnsu au bas de la proclamation, non pvur les compromellt'C, car, en cas d\;chec, nullr. charge n'cûL pu être relevée contre eux, mais pour utiliser l,i,nmcnsP popularité M l'auteur des Paroles ,l'11n Croyant el rendre hom,nagc à celui qui,à la Chambre. s\'.tait fait 1,l 1·ha111piontir ln d,;rnorralic cL du soria\i..,mc.Cependant. au ra~ d'wH' dr et.':-. fur:P1h ,.., lour111t'nlcs do réaction où la hourgt'üÎ:::ic v ng,, s'.1 frayeur pa1· i..a·fli1•ociti'• Pl, t,111jo11r-.; calculalricc, profile de sa vi1Hliclû pour frappPr ù la tèL' el liquider :-.,•.., plu puh,sanls adversaires, le procô<l~pou,·;.liLvouer au massacre le prêlré rplwlle a J' l•:!(lisoet le grand seigneur communiste. On no peul donc approuver les ho,nmes du 12 mai d'avoir ainsi, délibérément, à la fois abusé le peuple el jeté tlans leur combat des hommes qui n'y consentaient pas. La proclamation lue, il fallait faire quelque chose, mais quelle chose et par où commencer? Déjà les troupes pourchassaient los insurgés à travers les couloirs. Encore quelques minutes, cl ils seraient pris dans I' IIôlel de Ville comme dans une souricière. Se ralliant tant bien que mal, ils se jouent sur le posle Saint-Jean tout proche, el l'enlèvent aux gardes nationaux, puis courent à la mairie du septième arrondissement, rue des Francs-Bourgeois, qu'ils occupent sans coup férir. JI semble que les forces militaires elles-mêmes fassent le vide autour de ce mouvement, comme pourmieux en montrer la chétivilé. De là, on se porte vers la mairie du sixième, à l'abbaye de la rue SainLMarlin, revenant ainsi au fort naturel des précédentes insurrections, un fort tou• jours condamné à tomber aux mains de l'ennemi, mais où le désespoir décuple l'héroïsme de ses défenseurs. 13lanqui, dont la stratégie a tout prévu, l'emplacement des barricades et jusqu'à leur épaisseur, exécute son plan el met la rue Grenela en défense. ~lais les troupes, alors, donnent avec ensemble, agissent avec autant de vigueur qu'elles ont jusqu'alors montré de circonspection. Guignol, Maillard, Barbès, sont blessés, celui-ci à la tête. On les arrête. Blanqui disparait. La bataille est finie. Louis Blanc juge avec sévérité la •funeste impatience• de ceux qui, «ayant plus de loi aux victoires de la force qu'aux pacifiques el inévitables conquêtes de l'intelligence, font du progrès de l'humanité une affaire de coup de main, une aventure. » En principe général, cette sévérité n'est que justice. Mais il est dos moments historiques où la force seule permet à l'humanité les progrès que la force unie à la ruse s'attache à retarder.

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