312 IIISTOIRE SOCIALISTE vaisseaux, les sinuosités (de la Seine) finissant à Poissy. »Mais, en somme, il rapproche Paris de la mer et ne s'arrête qu'aux boucles de la Seine. . Parfois, il 0 sl tellement désireux cle prouver l'cxrcllence de l'association compo><'e,qu'il la fait servir à des tâches inutiles. Parlant de celle affirmation qu'en llarmonie « le pauvre peut avoir cinquante domestiques en ser,·ice actif», Fourier ajoute que cc pauvre« a jusqu'à des vigies de nuit pour l'é,·cillcr à l'heure qu'il a fixée le soir.»C'est parfait, mais un modeste ré,·eil-matin ferait tout aussi bien l'affaire à moins de frais. D'ailleurs, il ne serait pas loyal de prendre au pied de la lettre les romans que Fourier C'Onslruisait afin de donnrr une idée de cc que l'homme peut par l'asso• ciation. Et de ce que, dans ces romans,il n('prévoit pas l'immenseessordu machî• nisme et les forces contenues dans la vapeur, s'ensuit•il que la faculté rl'invcnlion lui manqua? Lui qui a méconnu la bettera,·e, il est, cependant, conduit par sa théorie du lrarnil alterné à protester contre le syslènw des jachères. « Des terres qui se reposent une année! s'écrie-t-il. Le soleil se rcpose-t-il ? Manque-t-il à venir tous les ans mùrir les moissons? « ~lais il n'aperçoit pas que c'est précisément à la betterave qu'on doit de ne plus être contraint de laisser le sol ,en jachères, et l'auteur du tra,·ail alterné méconnaît la plante de la culture alternée. En revanche, il voit très bien qu'une ch·ilisalion mieux organisée diminuera l'importance alimentaire du pain, qui« sera peu en crédit cbez les llarmoniens • et n'est déjà plus guère qu'un condiment dans les classes aisées qui peuwnt se procurer une alimentation délicate et variée.• Les llarmoniens, dit-il, préfé,wc,n t la viande, qui sera très abondante; le fruit à un quart de sucre et les légumes ù. un ,,uart de sucre ou au jus. » Ils« négligeront le pain, substance bonne pour les misérables ci\·ilisés. ,, Sur le chapitre de la bouche, Fourier est intarissable. Pour lui, sa,·oir manger, c'csl-à-dirc faire d'une fonction naturelle un plaisir sans cesse renOu\'elé, est une chose des plus importantes. li annonce une science nouvelle, qu'il appelle la gaslrosophie; mais elle ne pourra fleurir que dans une société harmonienne, fondée sur le travail agricole et sur la f,·dération universelle des phalanges. Il a remarqué qu,• la France, a,·ec son climat tempéré, est plus propre à la culture des légun\es et des fruits qu'à celle des céJ-éales. Par l'association, les prairies mises en valeur fournissent le bétail en abondance et moyennant un travail modéré, et les autres parties du sol, vouées à la culture maraîchère, donnent• quadruple produit». Retenons ceci : le problème de la production agricole est encore aujourd'hui la pierre d'achopvement du socialisme. Pressé de conquérir des adhérents, il a jusqu'à ces dernières années, limité sa propagande aux centres industriels, ou pùu s'en faut. Or, si la concentration capitaliste, aidée par le machinisme, multiplie les objets de consommation, il n'en est pas de même, tout au moins à un degré égal, de la production agricole. Et c'est pourtant l'essentiel, puisque sur elle repo•e l'alimentation. On pourrait, ù l'extrême rigueur, se passer de vêtement et de loge. ment; on ne peut se passer de nourriture. \lais si, la machine peut bien multiplier
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