308 lllSTOIHE SOCIALISTE \'oilù donc la ramille disloquée. Cela n'embarrasse pas Fourier, qui constate I<'néant arrcctif du groupe familial en ci,·ilisalion. Dans la vie journalière, nous dit-il, i(•smembres de la famille ne cherchent qu'à se fuir.« L'enfant veut aller jouer al'e<' les petits gamins du quartier; le jeune homme Yeut aller au spcclàcle, au caf,', contre l'inl.,nlion du père économe. La jeune fille voudrait aller au bal, de préféro'nce au sermon. La tendre mère voudrait négliger le pot cl l'écumoire pour s'<•nt1't•mcllrr dans 1P~ cancans du quartier, eLfaire des connaissances dangereuses pour l'honneur c6njugal; enfin, le tendre père veut sauver le peuple dans les clubs, les cafés et réunions cabalistiques pour lesquelles il néglige son triste ménag<\ 11 Tous ces d(•sir,;contrariés ne se satisfont qu'aux dépens du bon ordre et de la sinco'rité. :-Scvaurlrail-il pas mieux les satisfaire, les utiliser au bien de tous? D'une part, l'indi,·idu y gagnerait sa liberté, et d'autre part chacune de ses satisfartions serait un profil pour l'ensemble social. L'indh·idu ne jouit pas seul des hi<'nsqu'il se donne tant de p('În<' à rcchrrchcr.S'il n'avait pas drs témoins, fût-cc de:-.<'nvirux,de ~on luxr ou dP sa pui:s~ancc,il d~da.ignrrail la richesse qui lui pr·,wu c tout cela. L<·splaisirs des spectacles, de la musique, de la danse, du repas, sonl des plaisirs qu'on ne peul prendre seul. Le plus égoiSle de tous, l'amour, exige qu'on soit deux. De même que l'indil'idu ne peut jouir seul des biens qui sont à sa portée, ils nC'JH.)11,·t'êntre crt'•(•~ par soneffort isolé. Tout lui impose don<' l'association, c'est, la loi même de la nulrrre, le clécrcl de la Providence jusqu'ici mécon11uel contrarié. Or·, m&mc lorsqu'ell,• réalise toutes les vertus idylliques sur lesquelles s'allendril Housseau, la famille est un obstacle, car tous ses membres sont alors ligués contre le bic•n public:« Le laboureur qui déplace les bornes du voisin, nous dit Fourier, le marchand qui vend clr fausses qualités, le procureur qui dupe ses clients, sont crr plein repos d<'conscience quand ils ont dit:• JI faut que je nourrisse ma femme • et rnt"i enfants ». Fourier veut-il donc détruire la famille? .'Ion, mais libérer chacun de ses membres des obligations de cc qu'il appelle« l'étal morcelé» et ne laisser subsister entre <·uxque les liPns les plus essentiels el les plus naturels, les liens de l'affection. Au,,i s'oppose+il aux préceptes de la• philosophie•, qui« veut que le père soit instituteur de son enfant •; il demande • quo le pèro no soil pas instituteur de son enfant• et puisse se livrer• au plaisir de gâter son enfant». D'où alors viendra l'éducation? Des ainés immédiats, que l'enfant imitera awc joie, afin de s'~galer à eux. Chaque groupe de la série, où sont réunis les individus de même âge, pratique l'éducation mutuelle tout en ayant les yeux fixés sur son modèle, le groupe de la série immédiatement plus élevée en âge. Et lorsque l'enfant a vagabondé productivcment seize heures par jour du groupe des jardiniers Ir. celui des horticulteurs, de la petite horde chargée de la vidange publique i\ une réunion de musique ou de danse, il revient dans la famille pour jouir des caresses de ses parents. Il a reçu tout le jour, en travaillant, en se jouanl, en prenanl
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