Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

302 IIISTOIRE SOCIALISTE ------------------------------- de durer aYcc la Chambre telle qu"cllc était composée. Un grand débat, lors du budget, >,'élaiLélevé sur l'emploi des fonds secrets, el l'infériorité manifeste du rahinet s'était étalée en pleine lumière. Dédaignant de le combattre, c'étai par dr~sw; sa tête que Thicrs,GuizoL, Odilon Barrot et Lamartine s'étaient hcu1•lés,lcs trois premiers pour poser leur candidature au gouvernement devant la Chambre, l'opinion et le roi, le quatrième pour exprimer un Jibéralismc croissant qui allait bicntôL aller jusqu'à l'affirmation républicaine. La session parlementaire finit le 15 juillet. Le 3 octobre, le comte ~!olé obte· nait de Louis-Philippe un décret de dissolution. Le 24 du même mois, en p einc batailleélcctorale,on apprit la prise de Constantine. Le ministère tenta d'utiliser cette victoire, mais clic n'eut aucun résultat sur lüs élections, cl le comte ~!olé Yil rcYcnir au Palais- Ilourbon le même con lingent législatif qui lui avait interdit Loule initiative, tout mou\·crncnl, sous peine de chute, depuis son arrivl-c au pou,·oir. La France, nous le savons, n'était alors que lrop sensible à la gloire militaire. Co111mcnLdonc se lait-il que la p,-iscde Constantine, objet de plusieurs tentative,, dont une aYail élé désastreuse, l'ail laissée aussi froide? Tout simplement parce que la conquête de l'Algérie apparaissait comme un dérivatif, comme un moyen politique de tromper la faim belliqueuse d'une nation qui ne pensait qu'aux L·ailés de 1815 cl à cc qu'ils lui avaient lait perdre. C'étaiL sur le fihin, eL non dans les raYins escarpés du fiummel, qu'on eût voulu la victoire des trois couleurs. La froideur publique s'était attestée dans l'~Uilude de la Chambre au mois de lévrier précédent, lors de la discussion du budget. Baude avait violemment attaqué les actes de Clauzel, redevenu gouverneur de l'Algérie en 1835, sans pouYoir passionner ni ses collègues ni l'opinion. Pourtant, il dénonça.il.. ce qui devait être si souvent depuis porté à la tribune: il accusait l'ancien gouverneur, présent à la discussion, d'avoir rançonné les Kouloughlis, nos alliés, d'une forte contribution. Clauzel s'était facilement débarrassé de son accusateur en déclaranL qu'il n'avait laiL que se conformer aux usages de l'Orient. La prise de Constantine avait élé l'idée fixe de Clauzel. Mais s'il avait consen,! intacte sa façade de hâblerie, il n'en était pas de même des qualités mili aires qui naguère l'avaient distingué; l'entrain, qui est la première de toutes, éLait parli a,·ec la vigueur des jeunes années. L'expédition de Constantine, prépa~'e par lui, avait tourné à sa confusion. II en avaiL accusé les intempéries cxccplionnelles d'un climat inégal, cl de lait elles avaient été pour beaucoup dans le grave échec subi par nos troupes. ,\lais s'il avait ,·aincu,ne les eût-il pas comptées pour grandir son succès de toutes les difficultés surmontées? El c'est sw·loul à la guerre que la réussi le est tout. Tant pis pour le général qui n'a pas su prévoir le mauvais temps. Les attaques de 13audcfirent planer une soupçon sur la probité du gouverneur militaire de l'Algérie. Ce soupçon n'était pas justifié, el c'était aux besoins de son armée qu'il employa les sommes prélevées sur nos alli('S en échange .du .secours qu'il leur apportait. Le montant n'en aYail pas été débattu, el les Françaiss'éLaienL

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