Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

300 Il ISTOIHE SOCIALISTE cinq millions de kilogrammes sont à présent au nombre de 585,ct la production ost montée ù quarante-cinq millions de kilogrammes. Ces fabriques, au plus fort de leur dévcloppcmenl, ont reçu, en 1828, l'avcrtisscmcnl précurseur des mesures fiscales. Les colonies ont. poussé leur cri de délrcs~c, cL les ministres des finances, toujours en quête de matière imposable, ne peuvent laisser s'ouvrir une telle source do revenus, sans en drainer la part duc au budget. On no croit pas aux chemins de Ier, qui n'ont pas encore fait leurs preuves. Car dans une société fondée sur le régime capitaliste, l'unique preuve qui ,·aille, c'est le profit, c'est le dividende .. \lais le sucre de betterave a fait les siennes: il arf1rmcsa Yalcur; sa concurrence victorieuse alarme tous les intérêts coloniaux. Pcr:;onnc ne le nie plus. Personne, saur Fourier, dont la clairvoyance est rnisc en défaut ici par l'esprit de système. Ecoulons-le parler du sucre de betterave : « )lettons en scène le sucre de betterave, dit-il, illustre dans le monde mercantile à qui clic a fait cadeau du faux sucre qui fait rouler et gâter les confitures au bout de six mois. » Qu'est-ce que la bettèrav~, d'après son système des analogies ? « .Un fruit de sang, d'où on voit ruisseler le sang; (Fourier ne connait sans doute que la betterave rouge qui se mange en salade;) il est l'image de ces esclaves forcé, ù l'unité ~impie d'action, par les tortures. La dite racine doit contenir la liqueur d'unité simple cl fausse, le CO::"i'.THE-SL·cnE, fade, sans mordant, cl qui, à do.,c double, sucre moins que celui de canne ... La feuille crispé? de la betterave \ dépeint le travail ,·iolcn lé des esclaves el ouvriers• ... Voilà cc qu'écrivait en 1829 l'auteur du Nouvea1t .!fonde Industriel, au moment où le sucre de betterave faisait les rapides progrès que nous avons vus. Quand nous parlerons des chemins do fer, nous trouverons encore Fourier en défaut, et croyant aussi peu que Thiers lui-même à leur avenir. En 1836, le comte Duchâtcl avait proposé do dégrever les sucres coloniaux Cc fut à la Chambre une de ces grandes batailles d'intérêts où les partis se confondent el où de noln-caux groupements so forment, les députés des régions industrielles luttant contre ceux des régions agricoles, ceux qui onl besoin de la libre circulation s'opposant à ceux qui veulent produire et vendre à l'abri des tarifs de protection ou même de prohibition. Il fallait, dit \ïvicn, « empêcher que la fabrication indigène ne rendit celle de nos colonies désastreuse ou impossible. " C'est le problème qui se pose encore aujourd'hui, cl que le régime capitaliste ne peut résoudre, par des mesures d'ailleurs temporaires, qu'en établissant de savantes bascules où s'équilibrent tant bien que mal l'intérêt des colonies, celui de l'agriculture et celui des consommateurs. Quant à celui des spéculateurs, il trouve toujours moyen de se satisfaire, quelles que soient les mesures d'équilibre, el mémo fiscales, que l'on adopte. Le résultat de la loi de 1837 fut désastreux pour la production du sucre de hcllcravc. Cent soixante-trois fabriques durent dispalallrc, et la production tomba de quarante à vingt-trois millions de kilogrammes. Le sucre renchérit, et ce furent les consommateurs qui payèrent les frais de la lutte entre les producteurs de la

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