Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

268 IIISTOIHE SOCIALISTE disent toute justice aux maitres et les non moins dures lois morales et religieuses qui obligent lt•s salariés à la résignation. Traités à mols couverts d'anarchistes et d'athces par le doucereux prédicant du capital, ils lui répondirent e n fils de ces \"audois de jadis qui opposaient l'Évanitile à l'Église et la doctrine aux actes : « Si 1~ l>glisrs et leur cullc font l'horreur des ano.rchisl(•s, co111mc vous dilcs, c',•sl <1ueles prêtres ont cha<sé° Dieu et brisé les tables de 'sa loi; c'est qu'ils ont lràfüjut• dé sa di,·inf' parolt'. • L't•ff,,r,•es"ence de la population avait contraint l'autorité à rcn\"Oyer le procès des si, muluellisl<•s du 5 au 9 avril. Avertie de la convergence forcée des mutuellisles et des sociétés républicaines, unis dans une commune prot<•s· talion ('ontre la loi des associations, l'autorité employait cc répit à augmenter I,•s forces militaires mises ù ~a disposition .. \lais si elle ne craignait pas la bataille. i,.j même, la n~hcrchant pour en finir à la foi~ uvcc l'aclion ouvrière et l'agitation r(publi('aine, die prenait ses mesures pour la liner à son moment et avec toutes ~es fon:P~, Je~ rêpubli('ains C'lles ouvrit'r'ti n'e-n (•laient pas au même poinl. Dun, le, sections, les plus clair,·oyants aperceYaient la provotalion. D'autre part, ib savai1•nl qur Pari-; n'était pas prêt pour un mouvement, et ils avairnt promis ù Ca,·aignac de n'agir qur sur le mot d'ordre de Paris. L'ouvrier Alber t, qui nnait d,• ll'ur être dt'lt•gué par la société des Droits de l'l/omme, multipliait les efforts pour cmpêd1er 1,,,,sections lyonnaist•s de tomber dans le pi ège <tui leur était ten<lu. \lais les impatients a,·aient beau jeu: 1,,s agents du pou voir multipliaient Ir>; provocations, les app<'lai1•11t t, un combat qu'ils ne désiraient que trop d,•Jil. S,•nlant r1ucson influence sernit insullisant,•, désespérant de les retenir, .\Ibert était revenu il Paris à la fin rie !énicr et a,·oit d{•cidéArmand Carrel el Cavaignac, C''<'~l•t'L•dirc lt\s chC'rsdes d<'ux grandes frattions rl'publicaincs, à se rcndrl' imml•· di:1tl'mrnt à Lyon. )fais, apprenant que J,,, mutuellistcs avaient décidé la repris<• du tnwnil, les cieux rh('fs s'l•lairnt bornt'.•~ à recommander aux Lyonnais dP ne pus allaqt11•r rl s,•ulement dP se déknrlre si on les attaquait, leur prome ttant dons CP cas l'appui des républirnins di• Paris. La promulgation de la loi de, associations votée le 28 mars colntidait avec le procès d<'s mutuellislcs. Le Oevoir mutuel, unanime pour dNendre ses memb1-e,i poursui,·is, l'était moins sur le mode de dl'fcnse. Quantité de mutuellistc s faisaient partie drs sections républil'nines. Ceux-lit entraînaient ù l'action leurs camarades du /Jernir 11111/llel et ceux des scellons. Ils disaient à )lartin et à .\Ibert:• Si YOS sections ne descendent pas dans la rue, nous y descendrons sans elles. • A l'audience du 5 n,·ril, une foule énorme so massait autour du trib unal, des bagarres éclataient, un ouvrier était tué d'un coup de feu. L'audience àvait alors été renvoyée nu 9. Aux obsèques de la ,·ictimc des soldats, huit mi lle ouvriers ovaienL sui,·i le corps de leur camarade, en rangs serrés et ordonnés, toute une armée frémi<sante de fureur contenue. On sentit que la bataille était inévitable. Lagrange et 13nune furent désignés pour l'organiser; mais, au lieu d 'un plan de

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