Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

246 IIISTOIRE SOCIALISTE Ayant men6 à bien, c'est-à-dire fait voler la loi sur l'enseignement, le ministère poui·,mivit son o.;une de libéralisme en en proposant une qui ne permettrait de aier sur la voie publique que les imprimés revêtus d'une aulorisalion de la police. A quoi bon, puisque Guizot avait proclamé à la tribune que la propagande révolutionnaire était morle ! Elle l'était si peu, qu'au dire du policier de la llodde, • plus de six mifüons d'ia".primés démagogiques avaient été jetés au public dans un espace de près de trois mois.» C'est là un témoignage un peu suspect. Les agents de police exagèrent toujours la force el grossissent toujours l'action de ceux qu'ils font mélier de surveiller. Cependanl, la propagande républicaine çlait intense, et nous en donnerons la mesure dans un très prochain chapitre. Elle était également un peu montée de ton. Nous l'avons déjà conslaté. Xous pourrions récuser de la Hodde lorsqu'il dil qu'après la loi des crieurs publics, • chaque jour des pamphlets, dont le litre seul était une offense à l'autorité ou à la Constilution, étaient apportés effrontément au visa de la police •· Et parmi ces titres, il en cite un : • A la potence les sergents de ville ! • et un autre qui parall lui inspirer une él,\'alehorreur : • La Déclaration des Droits de Robespierre.• Très courageusement pour l'époque où il écrit, Louis Blanc reconnalt la vérité Pt blâme ces procédés de polémique. • Les crieurs, dit-il, lancés sur les places et dans les rues par les ennemis du pouvoir ne furent souvent que des colporteurs de scandale, que les hérauts d'armes de l'émeute; dans les libelles qu'ils distribuaient, la mauvaise foi des attaques le disputa plus d'une fois à la grossièreté du langage, el à je ne sais quelles flagorneries démagogiques. • Mais c'était bien moins la forme dans laquelles elles étaient émises que les idées elles-mêmes qui préoccup_aienl le gouvernement [et le poussaient à reprendre une à une les libel'lés conquises sur les barricades des trois journées. La Société des Amis du Peuple avait dû se dissoudre, mais à sa place celle des Droits de l'Homme avait surgi. Les brochures que publiait la nouvelle association posa,em ,a question sociale en même temps que la question politique, et c'est à cette nouvelle propagand~ c1uele pouvoir essayait de mettre un terme. • Sur trente-deux millions d'habitants, disait une de ces brochures, la France renferme cinq cent mille sybarites, un million d'esclaves heureux el trente millions d'ilotes, de parias ... Dites-leur que la Monarchie n'est capable que de déplacer le bonheur et la souffrance, mais que la République seule peut tarir la source de celle-ci et rendre à chaque indiviàu sa part de sourtrances et de félicités ..• •• Nous avons bien moins en vue un changement politique qu'une refonte sociale, disait-on ailleurs. L'extension des droits politiques, le surtrage u.niversel, peuvent être d'excellentes choses, mais comme moyens seulement, non comme buL .Ce oui est notre but à nous, c'est la répartition égale des charges el des bénéfices de la société..• • C'est le peuple qui gard.e el cultive le sol •• écrivait Vignerte à Carrel, qu~ souffl'ail avec impatience cette floraison socialiste sur le terrain républicain·;• c'est lui qui féconde le commerce el l'industrie ; c'est lui q1ù crée toutes les richesses: /t lui donc appartient le droit d'organiser la propriété, de taire l'é11:alerépartit.ion deo

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