240 IIISTOIRE SOCIALISTE manifesté autrement que par des paroles, sa reconnaissance d'un service rendu! Le fait est "rai pourtant. JI avait acheté au banquier embarrassé la magnifique forêt de Breteuil pour dix millions; mais une clause du contrat de vente stipulait que cc chiffre poussait être réduit par les experts. Odilon_Barrot dit dans ses .lfémoires que« les journaux du temps ont beaucoup retenti des plaintes de ~I. Laffitte contre cc'marohé, qu'il qualifiait d'onéreux». Selon lui, « ces plaintes n'étaient pas fondt•cs: car. dans la situation donnée, cc marché l'a\·ait sauvf' d'une faillite, et il ne devait que de la reconnaissance au roi». Soit. ~lais lorsque le roi faisait de bonnes actions, c'étaient en même temps de bonnes affaires. Somme toute, Laffitte avait sac,ifié ses intérêts à ceux de son parti et de sa classe. Dans sa ruine, il ne gardait que quelques millions. Nous aurons à eonstater au cours de ce récit des misères plus grandes et plus dignes d'intérêt. Le calme dont se félicitait Guizot allait être troublé par une initiati\'e du ministère, consistant à enfermer Paris dans une enceinte fortifiée et à construire des forts détachés de distance en distance. Ce seront des« casernes fortifiées» contre Paris, déclara la Trib,rne, qui menait le chœur de l'opposition. La population s'agitait, et, dit Lafayette dans ses .llénwires, « il paraît que les manifestations de la garde nationale parisienne co:,tre les forls détachés au,·aient été plus générales si l'on n'avait pas répandu le bruit que les jeunes gens comptaient en profiter pour aller au delà. » Pour expliquer la docilité de la Chambre aux Msirs du ministère en cette affaire, la Tribune accusa les députés, et notamment Vicnnot 1 de recc,·oir de l'argent des fonds secrets. La Chambre décida de venger elle-même cette injure et cita à sa barre le gérant de la Tribune, son rédacteur en cher, Armand ~farrast, et l'auteur de l'article, Cavaignac. Armand ~larrast, jeune élégant qu'on appclaiL le marquis de la révolution, était un polémiste alerte et incisif. Devant ses juges, il ne se défendit pas; il attal1ua. Après avoir constaté que depuis deux ans la Chambre avait voté plus de fonds s~rrets que la Restauration n'en avait demandé pendanL les six dernières années, il porta cc coup droit au régime capitaliste géré par les capitalistes euxmêmes: « Vous êles partaitcmenL indifférents à la prime des sucres; cependant cette prime s'est accrue, depuis 1830 de 7 millions à 19; et, chose étrange, le tiers à peu près de cette somme est partagé entre six grandes maisons, au nombre desquelles marchent en première ligne celles de certains membres que vous honorez de toute votre considération, et notamment celle d'un ministre. Et, en etret, dans les ordonnances de primes pour 1832 on voit figurer: la maison Perier frères pour 900.000fr.; la maison Delessert, pour 600.000 fr.; la maison llumann, pour 600.000 fr.; la maison Fould, pour 600.000 fr.; la maison Santerre pour 800.000 fr.; la maison Durand, de ~farscillc, pour un million. » Le journal républicai'! fut condamné à dix mille francs d'amende et son gé
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