Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

230 li !STOi HE SOCIALISTE « Celle bataille impro,·isèc finit par devenir sanglante, à cause du grand nombre des combattants, et de l'heure avancée du soir, qui vint augmenter la confusion. L'ordre ne se rétablit qu'avec beaucoup de peine, par les efforts empressés des compagnons scrr11riC'rs. )1 Les aspirants, chez les charpentiers du devoir, i•laient des renards et les compagnons des lo11ps. Ceux-ci se dénommaient les uns le Fléau des Renards, les autres la Terre,,r des Renards. Car,nous dit Perdiguier,« le compagnon est un maître, le · renard est un scn·iteur. Le compagnon peut lui dire: Circ-moi mes bottes, brossemoi mon habit, vers<'du vin dans mon verre, elc. Le renard obéit, et, le compagnon se réjouit d'avoir lait aller le renard. En pro,•ince, un renard travaille rarement dans les Yilles; on le chasse, comme un dit, dans les broussailles. Dans Paris, on le rend moins farouche, et il travaille dans les mêmes chantiers que les compagnons. » Tous les compagnons ne prennent pas des surnoms par où s'atteste leur souri de la hiérarchie. ~lais tous en ont un, c'est la règle, et chacun le prend approprié ù son caractère. Les passionnés pour le compagnonnage s'appelleront Ilourguignon-la-Fidéli té, Dayonnais-lc-Cœur-fidèle, Corntois-le-Corinlhien-ini lié; d'autres dénonceront leur faible pour l'amour ou pour la bonne chère en s'intitulant \"cndôme-la-Clé-des-Cœurs et Le-\'entre-de-Bordeaux; le souci csthélique anime Parisien-l'Ami-cics-.\rts; et ~lontais-Prêt-à-bien-laire et Lemonnier-Sans-répit s'attcstent bons et courageux ouvriers. Les ouvriers d'un devoir rcnconlraicnt-ils ceux du devoir rival, c'était ta ha• taille, toujours sanglante, parfois meurtrière. Le jo,n· d'une conduite en règle, nous dit ~I. C.-G. Simon, « les compagnons d'un de,•oi,- ennemi organisaient ce qu'on appelle une fausse conduite, et s'en allaient à la rencontrce de la colonne rentrante, bien armés pour l'agression. Dès qu'ils l'apercevaient, il la lopaient et, les devoirs respectifs déclinés, les deux partis s'attaquaient avec fureur•· Martin Nadaud a vu ces bagarres, il y a pris part.« Parmi nous, Creusois, dit-il, il y avait de petits clans, de mesquines rivalités de cantons et même de communes. On avait baptisé du nom de Brûlas les ouvriers qui étaient originaires de La Souterraine, du Grand-Bourg et de Dun, et de Bigaros ceux qui venaient du voisinage de Vallière, S_aint-Sulpice-des-Champs,Saint-Georges et Pontarion. " Lorsque nous nous trouvions dans les mêmes chantiers, on commençait à se regarder en chiens de faïence.D'ailleurs, un maitre compagnon ou un appareilleur bigaro se serait bien_gardé d'embaucher des brûlas. «Si, par hasard, on se trouvait dans le même chantier, c'était à qui mangerait l'autre et le déchalaudcrail. Alors commençait une de ces luttes où les patrons avaient tout le gain. Les deux adversaires travaillaient jusqu'à se tordre la chemise sur le dos, c'~st-à-dire jusqu'à complet épuisement. La lutte terminée, si les deux rivaux avaient été aussi crânes l'un que l'autre, on allait boire un coup. • Nous reverrons tout à l'heure ces luttes qui tournent au profit du patron. Si

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==