228 HISTOIRE SOCIALISTE forment des devoirs séparés, que les vrais compagnons no reconnaissent pas. Pour les individus appartenant à la profession alfiliée à un devoir, l'initiation comporte dC'S,•preuves pénil>lesjusqu'à la cruauté, humiliantes jusqu'à l'obscénité. Dans la hiérar<'hic compagnonnique, les maitres briment el oppriment les compagnons, et ceux-ci les apprentis, qui acceptent d'être tyrannisés, pour pouvoir tyranniser à leur tour quand ils seront de,•cnus maitres. Ces persécutés de l'f:glise, qui d'ailleurs voyait en eux bien moins des hérétiques n'voltés contre la foi que des sorrs en travail d'émancipation, font comme i•f:gli,e: Les menuisiers en!ants do maître Jacques, nous dit Agricol Perdiguier, et quelques autres corps d'état soumis aux règles du même fondateur, ne doivent ,•.,ccvoircompagnons, d'après leur code, que des catholiques.• Qu'était le compagnonnage, où il était si difficile do pénétrer: un syndicat de dé!ensi• professionnelle, une société de secours mutuels, un organe de placement pour l~s compagnons en chômage. Dans chaque ville, une auberge tenue par la mère des compagnons, abritait cl abrite encore les compagnons en quête de travail, quo le• rouleur» pilotait dans les ateliers ou il y avait chance d'embauchage. Le travail manquait-il dans wie localité pour le nouveau venu, il bouclait son sac cl partait plus loin, muni d'un secours de route el reconduit hors de la ville par les compagnons. Ces conduites arnient un rituel. ~loreau, un ouvrier serrurier, le décrit en ces t •rmcs : En 1833, dit-il, j'assistai malgré moi, car j'ai toujours cherché à éviter les occasions de querelles, à une grande conduite que nous fîmes avec les compagnons forgerons. li partait un de ces derniers en compagnie d'un aspirant serrurier. Arrin's au hout du faubourg de Pont-Rousseau, roule do la Rochelle, c'est-à-dire après avoir fait près d'une lieue en chantant des refrains plus ou moins belliqueux, les compagnons prirent les devants pour faire_laGttillebrette.Lcsserruriers, ne faisant pas grand bruit d'habitude, restèrent sur la route; mais les forgcrons,auxquels il faul beaucoup d'appareil, se placèrent sur un gazon situé entre le fossé de la grande roule et une haie vive. • lis y formèren~ un cercle compact, en inclinant la tête vers le centre, qui était garni de cannes cl de bouteilles. Là ils chuchotaient et, par instants, poussaient tous ensemble des espèces de cris plaintifs ressemblant à des hurlements, dont les novices aspirants étaient fortement impressionnés. Ensuite ils se détachaient tour à tour pour fo.ire avec le compagnon parlant ces gesticulations, ces démonstrations qui constituent la GILillebrelù. • • Sur la fin de cette longue el monotqne cérémonie, nous enlendlmes tout à coup des cris, des menaces, des injures, des trépignements, un brouhaha épouvantable dans le champ voisin. Que se passait-il donc ? Deux aspirants serruriers s'étaient secrètement introduits dans le champ et se tenaient cachés derrière la haie qui le séparait de la pièce de gazon. Le compa• gnon qui faisait sentinelle aperçut nos deux curieux épiant avec avidité les myat.é• rieux secrets de maitre Jacques: sauter dans le champ et tomber à grandacoupede
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==