Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

222 IIISTOIHE SOCIALISTE France el de l'.\nglclerre. Ce projet, qui ne rut pas réalisé sur•le•champ, de,•ail, selon une dépêche confidcnliellc du duc de Broglie adressée le 16 décembre 1833 à Talleyrand, notre ambassadeur t\ Londres, contenir dans son préambule cette phraS<'dans son ambiguïté diplomatique significative · • \'oulanl, dans un esprit de conciliation et de paix, renouer les liens étroits qui unissent déjà les deux peuples, cl orrrir à l'Europe, par celle alliance fondée sur la foi des traités, la justice el les princi)>esconservateurs de l'indépendance des Etats el du repos des nations, un nouveau gage de sécurité et de confiance... • La justice el les principes conserva leurs des Etal.9, le repos des nations, cela s'entend de deux manières, selon que celui qui prononce ces mots est conservateur ou libéral. Or, libéraux, les ministres anglais et français l'étaient, au sens tout relatir el anglais du mol, c'est•à•dire par rapport à l'absolutisme de la SainteAlliance. Mais avant d'être un libéral, tout ministre anglais est Anglais. Et cc ministère libéral rrançais était panaché de doctrinaires, c'est•à•dire de conservateurs, comme Guizot, et son véritable cher en matière de politique étrangère, Louis-Philippe, était un conservateur, en tout cas un partisan du• repos des nations• à la manière où l'entendait Metternich, lui-même. Néanmoins, cette tendance de réaction contre l'absolutisme do l'Europe centrale, si elle n'aboutit pas à un traité formel entre la France et l'Angleterre, et à une action ouverte des deux gouvernements dans la lutte que les libéraux soutenaient contre l'absolutisme en Espagne el au Portugal, eut du moins pour résultat de tenir en respect l!'Smonarchies de l'Est, et de les contraindre d'abandonner l'absolutisme ibérique à son malheureux sort. )lais ce fut d'abord en Orient que s'affirma le concert anglo-français, c'està-dire uniquement sur le terrain des intérêts resp ectirs des deux pays, opposés à ceux de la Russie et de l'Autriche. En Egypte régnait alors, sous la dom·- nation purement nominale du sultan, un homme de volonté puissante, MéhémetAli. Superficiellement informée, comme toujours, la presse française voyait dans ce pacha libéré de la tutelle de la Porte un hardi réformateur, quelque chose comme un libéral d'Occident surgi par miracle dans un pays de servitude. Son énergie faisait dire de lui qu'il avait• épousé la pensée de Napoléon i" • H on le louait d'avoir • francisé l'Egypte •· En réalité, ce despote asiatique n'était pas même, comme civilisateur, l'équivalent d'un Pierre le Grand taillant une administration à coups de sabre dans la rhair tumultueuse de ses boyards. Les• réformes• de )léhémet-Ali, dit fort judicieusement 11. DriaulL dans la Question ,L'Orient, étaient tout en façade et• il y eut beaucoup de trompe-l'œil "· li avait exterminé la milice toute-puiesante des .\lamelucks, mais il avait du coup confisqué leurs terres à son profit, soit la moitié du sol ~gyptien. l'ne supercherie fiscale, subie par un peuple, dont vingt invasions suivies de conquête attestent depuis trois mille ans la pusivilé, lui donna le r(•ste. Son premier soin lut d'avoir une armée forte et exercée. En l'appelant à son sccoul"Icontre la Grèce soulevé<', le sultan ~!ahmoud combla ses vœux, qui étaient de s'affirmer aux yeu del'Eu-

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