Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

214 HISTOIRE SOCIALISTE autour d'elle et sur les poi,nls où elle devait agir, elle s'enfuit sur le continent et tenta d'intéresser les cours à la cause de son fils. Le tzar lui fut immédiatement acquis. Mais il ne pouvait rien à lui seul. Une tentative qu'elle fit à Vienne lul immédiatement découragée par Mellernich, qui avait lié partie avec Louis-Philippe,et d'autre part connaissait assez la France pour ne se faire aucune illusion sur les chances d'une restauration. Mis au courant de ses menées, Louis-Philippe la fait expulser du Piémont. Elle va de Modène à Naples, revient à Rome, dépiste les recherches et soudain dé. barque,le 29 avril, près de Marseille, avec le maréchal de Bourmont, Kergorlay, Saint-Priest et quelques autres. Le bruit de son arrivée se répand dans la ville; quelques pêcheurs des vieux quartiers l'acclament, sonne11t le tocsin, essaient de proclamer le jeune roi. Mais quelques soldats dispersent l'attroupement, dans l'indifférence de la population. Les conjurés se dispersent. La princesse parcourt le Midi sous un déguisement : on ne pourrait dire si elle fuit ou si elle prépare un soulèvement. Mais non, c'est une fuile qui la jette de Montpellier à Toulouse, de là à Bordeaux, puis en Vendée, où le 15 mai elle lance une proclamation. Ce que le comte d'Artois n'a pas osé il y a quarante ans, appuyé sur la floue anglaise et appelé par une formidable insurrection, elle le tente sous le vêlement pittoresque de Petit Pierre, en hérolne de Waller Scott qu'elle est, avec toute la fougue baroque de son caractère de princesse et d'italienne amoureuse. Elle organise un gouvernement, dont feront partie ceux-là mêmes qui jugent sévèrement son équipée: Chateaubriand et Berryer. Celui-ci va la trouver au mi• lieu de ses maigres troupes et la supplie de cesser une guerre inutile. Il lui porle une nole de Chateaubriand l'adjurant de quitter la France au plus tôt. « Les fidèles amis de la duchesse de Berri, disait celle note, non seul.emcnl pensent que la guerre civile est toujours une chose lunes te et déplorable, mais que, de plus, elle est en ce moment impossible ... Ils pensent que les personnes qui onl dé conduites à conseiller des mouvements de celle nature ont été grossièrement trompées, ou par des traitres, ou-par des intrigants, ou par des gentilshommes de cuurag,- qui se sont plus abandonnés à la chaleur de leurs sentiments qu'ils n·onl c-onsull•' la réalité des laits. > L'orateur qui remuait des assemblées et qui, selon le mot de Cormenin, « était ,'loquent de Loulesa personne», devait facilement avoir raison des arguments que lui opposait l'enthousiaste guerrière. Car lui aussi savait employer les moyens du sentiment; c'était même sa force principale, et son arme la plus puissante à la tribune, où il emportait les cœurs plus qu'il n'édifiait les convictions. De plus, les raisons de fait étaient là. Les chefs du parU légitimiste, les comités de Paris,avaient posé trois conditions à la guerre de Vendée. Elle ne devait éclater que dans le cas où la république serait proclamée à Paris, ou dans celui d'une invasion étrangère, ou encore si le Midi entrait, lui aussi, en insurrection. Or, l'enterrement du général Lamarque, où leuoyaliatea avaient vu l'occasion de jeter les répu• blicains sur le gouvernement, avail abouti à la défaite de Saint-Merri. E11fait d'i11•

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