Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

l!lG HISTOIRE SOCIALISTE san·enu dans la constitution du monde; de ce jour, ce q.ui maintenant est une \·astc nJt1,msera une province de moyenne taille.>> c,, sera la guerre rendue impossible. • Admettons pour un instant, dit-il, que celte création gigantesque soit entièrement réalisée demain el demandons-nous si. au milieu de tant de prospérité, il pourrait se trouver un cabinet qui, saisi d'une fièvre belliqu,•use, songeât sérieusement à arracher les peuples à leur activité lé- . conde, pour les lancer dans une carrière de sang el de destruction.» El ne prévoyant pas que les maîtres du capital pourraient trouver une source de profit dans les conquêtes coloniales, susciter des guerres pour assurer leur domination économique, ou simplement avoir avantage à fabriquer des armes, des cuirasses el des explosifs, ~liche! Chevalier lait d'eux les artisans actifs de celte pacification uni. ver selle el de cette prospérité, grâce à laquelle il n'était plus possible qu'il existât « de~ capitalistes qui, e!lrayés d'un avenir incertain, resserrassent leurs capitaux, el des populations allamées qu'on pût décider à l'émeute ». Cel article faisait appel aux • commerçants infatigables», aux« hommes d'art de tous les pays», aux ingénieurs qui,en Angleterre et sur Jeconlinenl,onl«recueilli cl fait fructifier l'héritage des Riquet et des Watt». aux« industriels aux mains desquels la nature verse ses produits», aux« savants dont les lumières ont à éclairer Je plan ». 11 les conviait à se mettre • à la tête des peuples, enrégimentés en travailleurs». Toul le plan saint-simonien esl là, et toute la doctrine. Susciter par une prédication morale l'enthousiasme de l'aristocratie nouvelle, surgie après la chute du régime féodal, lui montrer les périls des révolutions de la faim et l'en e!lrayer, et la décider à organiser d'elle-même le monde nouveau !ondé sur le travail. Rêve magnifique et vain ! Prêcher l'entente à ces conquérants nouveaux dont les entreprises augmentaient la force et l'audace, et qui trouvaient leur joie dans les luttes de la concurrence économique, c'était leur demander de renoncer à être ce qu'ils étaient, des chers d'industrie et de négoce entreprenants, autonomes, ivres de leur souveraineté sans frein, avides de s'affronter et de se heurter, tels les héros barbares des premiers temps de la féodalité. Appeler leur attention sur le troupeau noir et suant dont ils exploitaient à outrance le labeur, les adjurer, au nom de la pitié, de la peur, de la justice, d'être les frères ainés des ouvriers, c'était leur demander plus encore : renoncer à être des ma!lres pour devenir des chefs, transmettre le commandement, non à leurs fils, souvent incapables ou indignes, mais aux meilleurs qui surgis,aient de la masse. Folie! Seule l'exaltation religieuse pouvait !aire de ce rêve une réalité. Saint-Simon l'avait compris à la fin de sa vie. Philosophe du xv1ll' siècle, il était revenu à l'f:vangile. Au lieu de !aire de la religion un but, il la voulut pour moyen. li lui apparut que, de toutes les forces de sentiment, celle-là était la plus gr inde. Il se rent chrétien, non pour l'amour de Dieu, mais pour l'amour de l'humanité.

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