Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

1!)1i JllSTOinE SOCIALISTE lui lorsqu'on lil ces aperçus sur la " transformation sociale », publiés dans la Reeue drs l!eux-.llondes : Quand 11 « ne s'agit que de la seule propriété, n'y toucbcra-t-on poiut ? reslera-l-elle distribuée comme clic l'est ? Une société où des individus ont deux millions de rc,·cnu, tandis que d'autres sont réduits à remplir leurs bouges de monceaux de pourriture pour y ramasser des vers, vers qui, vendus aux pêcheur•, sont le seul moyen d'existence de ces familles, clics-mêmes aulochlones du fumi,•r, une telle société peul-elle demeurer slalionnairc sur de lels fondements au milieu du progrès des idées ? l\lais si l'on louche à la propriété, il en résultera des bouleversements immenses, qui ne s'accompliront pas sans effusion de sang.» Auguste Comte, qui a reçu directement l'enseignement de Saint-Simon et a utilisé anc un esprit de méthode véritablement génial les idées de son maitre, est d'autant plus véhément dans son désa,·eu du saint-simonisme, qu'il entend dénier à son fondateur loulc influence sur la formation de son positivisme. Accusé élour. diment par un rédacteur du Globe d'être rcslé «en arrière du saint-simonisme, faulc d'en pou,·oir sui ne les progrès », Auguste Comte riposte le 5 janvier par une lettre où il affirme avoir rompu avec Saint-Simon parce que, dit-il,• je commençais à apercevoir chez ce philosophe une tendance religieuse profondément incompatible avec la direction philosophique qui m'était propre"· En réalité, l'œuvrc spéculatiYe de Comlc dc,·ail finir, comme celle de SaintSimon, par l'élaboration d'une religion. i\lais il n'en élait pas encore là, et il cons. lruisait alors patiemment son œuvre philosophique. Aussi avait-il raison contre ses mystiques contradicteurs lorsqu'il leur disait: • Au lieu des longues et difficiles études préliminaires sur toutes les branches londamcnlalcs de la philosophie naturelle, qu'impose absolument ma manière de procéder en science sociale ; au lieu des méditations pénibles et des rechc,·chcs profondes q1.1'elle xige continuellement sur les lois des phénomènes politiques (les plus compliqués), il est beaucoup plus simple et plus expéditif de se livrer à de vagues utopies dans lesquelles aucune condition scientifique ne vient arrêter l'essor d'une imagination enchaînée. )> Certes, mais c'était cependant faire trop bon marché des études économiques approfondies de I3azard, de Michel Chevalier et même d'Enfantin, avant qu'il ne versât lout à lait dans la divagation religieuse. El Auguste Comte, qui fonde sa sociologiesur la hiérarchie des sciencesratlachées les unes aux autres, a toujours traité sommairement la science économique, sur laqucllo s'appuyaient les réformateurs socialistes de l'école de Saint-Simon. Quant aux partis politiques, ils n'avaient sur le saint-simonisme que des opi• nions superficielles et mal informées. Nous avons vu, par un discours de Mauguio à la Chambre, cc qu'en pensaient les libéraux. Et il faut bien avouer qu'ils avaient une assez bonne prise sur le saint-simonisme quand ils le dénonçaient comme un g)uvc·rnrment despotique, puisque Je chef do la doctrine l'incarnait en sa personne cl se proclamait lui-même« la loi vivante».

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