René Viviani - La Restauration : 1814-1830

' 80 IIISTOIIU, SOCIALISTE ment qui surprit sa rouerie cependant prévoyante, la plume lui tomba des mains : le pou,•oir lui était arraché. Comment? Au milieu de tous ces soucis diplomatiques, la Chambre avait été con- ,·oquée, et les élections dev.ient avoir lieu le 14[ avril;On pense ce que fut cette consultation sous les baîonnettes ennemies, sur une terre conquise, au milieu des provocations et des exactions, des rapines et des pillages. La haine de l'Empire et de ses instruments, surtout de ceux qui avaient voulu survivre à la main fatale qui leur donnait la force, la haine fut le seul programme des élections. A ce moment, il y avait deux coll~ges: le collège d'ilrrondissement, qui choisissait les candidats, et le collège de département qui les élisait. Le 14 avril eut lieu l'élection : la Chambre qui sortit des urnes reflétait toutes les colères du pays. Avant même qu'elle ne se rot réunie, elle renversa le ministère. Le plus haî était Fouché. Le roi résistait à ceux qui le voulaient exclure, à Decazes surtout qui, dès ce moment, s'emparait peu à peu de ~on esprit. Alais il ne put rien répondre à la douloureuse requête de la duchesse d'Angoulême, revenue d'Espagne, et qui déclarait ne pas ,·ouloir supporter la vue d'un des hommes à qui son père devait la mort. Fouché dut accepter une ambassade à Dresde, el partit, Joué par les courtisans qui le répudiaient au lendemain du Jour où il avait cessé de pouvoir les servir. Peu après, il devait être dépouillé même de sa petile mission et condamné 11 vivre en exil, fortuné, il est vrai, heureux, , puisque, quelques Jours avant sa disgrâce, il avait uni légalement à sa vieillesse flétrie la jeunesse de M'1 ' de Castellane. Là fut le terme de sa ca;rière, et ce fut une preuve de P.lus que la première habileté est la rectitude el la loyauté. Talleyrand devait faire la même expérience. En vain il se flattait d'avoir débarrassé de Fouché la scène politique. « Et l'autre?• disait-on déjà en le désignant; il voulut frapper un grand coup, offrit sa démission au roi. Celui-ci la retint d'une main qu'on croyait pour cela trop débile. Le ministère tout enlier se relira. Qui allait donc s'offrir pour prendre le redoutable fardeau de la défaite et les amers soucis de sa liquidation? M. Decazes qui, comme pr6Cet de police, approchait le roi, lui recommanda M. de Richelieu, revenu, la veille, de l'émigration, homme de conscience et de cœur, el qui, en l'occurrence, trouvait en l'amitié d'Alexandre un litre peut-être supérieur à tous les autre,. M. de Richelieu accepta. Il prit avec lui M~l. Decazes (ministère de la police), duc de Feltre (guerre), Dubouchage (marine), Barbé-1\farbois (justice), Gorvello (finances), de Vaublanc (intérieur). M. de Richelieu se réservait les affaires étrangères. Tous étaient des émigrés, saur M. Decazes, saut Gorvello, d'origine italienne, serviteur irréprochable de l'Empire. M. de Richelieu se mit à l'œuvre. Du premier coup, il put emporter un succès appréciable, On réduisit l'indemnité de 100 millions; on nous laissa Condé, Givet, les forts de Joux et de !'Écluse ; on limita l'occupation à cinq

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