René Viviani - La Restauration : 1814-1830

76 HIS'l'OlllE SOCIALISTE province, c'est parlou l le môme spectacle. Orléans doit vider ses caisses publiques el privées pour fournir 600000 francs à l'armée prussienne. Dans l'Yonne, des maires sont arrêtés, leur pied gauche allaché à leur main droite el demcurenl ainsi trois jours en attendant que leur village ail trouvé pour cbacun d'eux une rançon de 600 fr ,ncs. L3 Provence, où l'armée autrichienne piétine les moissons, n'est pas plus épargnée que la Bi-etagne, où la cavalerie pru,sienne promène dans de furieux galops sa lourde insolence. 1'rois préfets, dont le propre neveu de Talleyrand, ayant osé protester, furent déportés deux mois en Prusse, dans une forteresse. M. de Chabrol faillit prendre la m~me roule pour avoir couvert l'adjoint du X• arrondissement de Paris, lequel n'avait pu livrer sur l'heure des millier, de chausrnres aux Prussiens ... Toute la lie de l'Europe, comme un torrent fangeux recouvrait la France entière, inondait Paris, bouillonnait dans les grandes cités, rnonlait les escaliers somptueux des riches, pénétrait par les pauvr~s ouvertures de la chaumière, ruinant tout, dévastant tout, emportant tout. li y eut en France, jusqu'au déb•1t de 1816, mis à part les soldats français, exactement 1 '133000 hommes qu'il fallut nourrir, loger, vMir, enrichir, soigner, tolérer, amuser, sans compter le brulai tribut payé par la terreur des femmes aux lascivités surexcitées par le repos. Triste testament de l'Empire! Formidable visite rendue par J'Euro?e à celle France qui, elle aussi, autrefois, dans l'enivrement de la victoire, el quand elle était associée au destin d'un mallre, avait emporté les capitales, séjourné dans les villes, répandu partout la terreur cle ses bataillons. Cependant la France ne pouvait pa:; demeurer sous cette armure de fer. li rallail la dégager, el trois tibhes s'o!Iraienl au gouvernement : les élections, le licenciement de l'armée exigé par les alliés, el enfin la négociation Jiùéralrice. Tall~yrJnd s'était rés~rvé celle rlernière partie. Il com~tail trop sur ses relations extérieures : pour reconquérir l'amitié du tsar, qu'il s'était aliéné, on s'en souvient, en écriranl à Louis XVlll, de Vienne, des lettres que ce dernier avait abandonnées derrière lui, et que Napoléon av•il naturellement montrées à Alexandre, pour effacer le mauvais c!Iel du traité du 3 janvier, où la France s'accordait, contre la Russie et la Prus,e, avec l'Angleterre el l'Autriche, Talleyrand avait préparé toutes ses séductions: un Litre de ministre de l'intérieur pour Pozzo di Dorgo, général russe, mais qui pouvait redevenir Français, et le litre de ministre de la maison du roi pour M. de Richelieu, ancien émigré, ami particulier d'Alexandre. Mais il se trouva que ces deux hommes ne se prirent pas à cet a?pALel refusèrent. Et il se trouva que dès le début, les négociations, d'où la ]<'rance était exclue, se tinrent entre les puissanc~s, dont le plan se peul très sommairement résumer: c'élail le démembrement de la France. Les Pays-Bas réclamaient l'annexion à la Belgique de la Plandre el de l'Artois; les Etals de la Conrédéralion germanique réclamaient l'Alsace et la Franche-Comté; la Prusse

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