René Viviani - La Restauration : 1814-1830

08 HISTOIRE SOCIALISTE but? P.iur goul'erncr, dominer, p6Lrir l'humanilé vivante, sans même songer que le débile héritier de ses convoitises ne pourrait garder ce patrimoine disparate contre le, haines 16gilimcs des peuples spoliés .. Le mal qu'il a crnsé, qu'il cau;e encore est insondable. Le mal, c'est d'abord les ressources de la France dispersées au vent, son lal.,eur suspendu ou rançonné, des milliards et des milliards in;crits à la delle, grevant le budget, et après tout, leslamenl de Lant de victoires inutiles, la France rendue plus petite qu'il ne l'al'ait trouvée. Le mal, ce sont, tant d'homm~s sacrifiés, Ioules ces moissons de jeunesse el de virilité lel'ées pour l'amour, la tendresse, la Joie, l'action, le tral'ail, la l'ie, qu'il a fauchées en tous pays. Le mal, c'est, par la falalilé de son nom cl l'éblouissement d'une légende forgée par des ouvriers inconscients de la serl'itu1e, le triste neveu qui ne pul usurper son génie el laissa la France plus petite encore, meurtrie, de telles delles de milliards que notre budget esl écrasé et que les ressources sont paul'l'es el rares qui doivent payer les dépenses démocratiques et les créations sociJles. El nous serions tentés de dire que ce mal matériel si profond n'égale pas le mal moral qui par celle famille ronge le pays. Grâce à elle, grà_ccau premier du nom, la France se crut la première el la seule nation civilisée, dèdaignant autour d'elle tous les progrès et tous les elforts, trop confiante, en r,roie à l'illusion; el voilà le châtiment, c'est que maintenant elle est tom• bée à la défiance d·elle-mômc. Quel,1ue,-uns, qui sont lrop, lui disent que, victime de la force, elle ne doit croire qu'en la force, que le droit dont elle ful l'artisan souverain est une chimère, qu'elle doit répudier l'i léalisme abstrait de Ja Révolution pour se repaîlre d'avantages positifs dans un matérialisme égoïste, que les autres peuples lui sont des ennzmis, que la fraternité humaine esl un rôve ou une trahison ... Les caisses vides se remplissent, la vie humaine ne se tarit pas, mais l'âme d'un peuple co1·rodée ut corrompue, voilà le crime contre lequel les colères sont vaines, car elles ne peuvent être à sa mesure. Il faut pour l'expier, en réparer les conséquences, de la patience, du courage, et que l'éducation du peuple soit complète et incessante. Ah I que les proltilaires se di;enl el se répètent cette histoire maudite, el qu'ils n'oublient pas que tout, - même un lambeau de liberfé, un appât d'égalité, une promesse d~ juslice, tout, même une ombre de parlementarisme, un oripeau de Ré;iublique, même Je gouvernement d'une faction civile rétrograde et pesante, que tout vaut mieux que l'insolence de l'oligarchie militaire, qu'elle soit représentée par un groupe ou par un individu!

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