62 JllS'l'OIRE SOCIALISTE dans la terreur le mortel outrnge dont son front à lui avait rougi au jour de l'abdication. Quant it continuer la campagne après la défüile, cela tenait du délire ci. aucun homme sensé n'a été le complice de Napoléon, arrangeant un peu, dans rexil, le récit de ses rél'olles ou de ses velléités. Après la défaite dont le poids écrarnit sa stature, Napoléon vint à Laon. On discuta !a question ùe savoir s'il attendrait là l'al7llée, ou s'il rentrerait à Paris. N~poléon était d'avance gagné à ce second projet. li se rapp~lail que son absence lui avait été, en 18H fatale et que les intr;gues l'avaient exilé à Fontainebleau. Il partit et le 20 juin, à 1:1. heures du soir, dc,cendail à l'Elysée ... Cc n'était plus le même homme qui l'aYail quitté, redoutable encore, le 12 juin. Quelle semaine e[royable! \'aincu, malat:le, les nuits ,ans sommeil, les jours sans repos, toutes les responrnbilités lie la défaite, tant de clameur tant de sang, la joie qu'il devinait chez les souverains, tout c~la l'avait anéanti. li ne dcrnit pas retrouver, avant trois jours sa hardiesse ordinaire. La Chambre s'élait réunie de plein droit sous la présidence de Lanjuinais ; elle se déclare en permanence. Que faire? La question se posait pour elle et pour lui. Dans la vacance du poU1oir, nul n'osait prononcer le premier la parole décisive quand, surgi de son long et lointain exil, parut Lucien. li complétait bien son frère Louis, car il avait, dans les catastrophes civiques où fléchissait la volonté fraternelle, l'audace et la décision que l'empereur retrouvait aux armées. li conseillait la résistance, m·,is il la conseillaü à un homme épuisé dont l'attention mème ne se pouvait fixer. A la Chambre, apres avoir sommé les ministres de parler, on s'enhardit. Quelq11es députés parlèrent d·abdication. Lucien, nommé poar la circonstance commissaire du gouvernement, arri re, monte à la tribune, speclA'e du dix-huit brumaire, parle d'abord dcYant l• suipeur de l'assemblée ~ui aUend les grenadiers, o[re, de la I art de l'empereur, la conUnuation de la guerre-et pour la direc lion un accord 11vec l'as,emhlée.. De violentes protestations accueillent le mandataire qo'on croyait ragent d'un coup d'État nouveau <el d'ailleurs impossihle. La l!'.ayette répliq11e par une foudroyante aposll"!lpbe et Lucien se retire. « JI faut abdiquer ou 1lh;•oodre •- Tel est 1e mot de Lucien à NapoléonCelui-ci ~edèbal, 11uend. L'assemblée gul a senti lepèril s'agite el se soulève. On réclame 1'11Micatfon.. Le bureau l.out en lier -est délégué au gouvernement. Celui-ci, morne, abattu, etirayé, esl décidé à l'abdication. Benjamin Constant aussi. El tandis que la pauvre foule trompée, meurtrie, gui elle, ne voit et ne sent que la souillure _étrangère, acclame encore l'empereur, lentement celui-ci cède et signe. L'as,emhlée lui avait fait conna11re qu'elle lui accordait une beure - ou qu'elle proclamait la déchéance. Napoléon abdique pour son llls : la Chambre accepte 'SOD ab llcation et
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