René Viviani - La Restauration : 1814-1830

48 li lSTOI Il E SOCIALISTE menlionnail pas l'Empire. Napoléon ne voulul pas rougir cl'un rassé qui était le sien el à jusle lilre, car co·nmenl Benjamin Con,lanl pouvail•il s'imaginer qu'un trail de plume sumrail pour effacer Iï1isloire? De là le nom <l'acte addiliom1el aux Conslitulions de l'Empire que prit la Conslilution. ;',;apoll·o•1 voulul garder 1~ droil à la confiscation sur les émigré,. C'était, dis~il-il, sa seule arme contre des ennemis irréductibles. L'acte additionnel rut mis aux voix dans le pays et recueillil ! 557159 voi, sur lesquelles l'armée de terre cl la marine complaienl pour z;;o 000 voi,. li n'y eu l que 4 200 non. Comme tous le8 plébiscites, celui-ci ne pouvait apporter au, pieds de l'empereur la vérité. Ce, con•rnllalions où celui dont le sorl est en jeu lient les urne, el où on se doute bien qu'en cas d\1chec il résistera par la Corce, ne valent que'Comme de; caricatures du suffrage univer,el. El puis la nation ne crut pas, ne put croire à ces promesses. C'est que la bouche qui les balbutiait avait trop ,ou vent rlonné des ordres pour meurtrir la liberté. Napoléon ful-il sinc~re à cette heure? Il est per.mis rl'en douter. Il élail faible. Son étoile avait pAli, subi une éclipse, el il redoutait pour elle une totale ob;curité. Il avait élé vaincu: donc, il pouvail l'élre. El, fin politique, il essayait de ruiner momentanément les causes de sadéfaile, de montrer qu'il n'était plus le même homme à une nation qui, elle aussi, débarrassée pendar:l un an de ~a lourrle tul>'llc, n'était plus la même. li s'aperçut vile de la défiance qu'il causait dès l'élection cl la réunion de:1 Chambres. 011 éluL présiilPnl LanJuinais, cl parmi les vice-présidents La Fayette. Ces choh lui otaiPnl sensible;. Il ne parut pas affecté, parut à la 1éunion des députés, lut rnn di-cours où il prenait à témoin ses sentiments nouveau 1, en appelait à la paix, se déclarai l obligé de lullPr contre la coalition qu'il n'avait pas provo uéP, offrait non plus le masque dur el provocant du guerrier, mais le profil d11monarque con,lilulioond. Il dut sentir que toutes ces avances où se pliait ~on génie inrtompt6 étaient inuliles. II l'avait même senti avant de ~e venir heurter au froid contact de la représentation. C'est pour cela, cl en p1évision de ceh, qu'il avait organisé la réunion du Champ de Mai. Là, sur une estrade, il vil défiler tous les solrlat,. Entouré d'éclatants unirormes, il Jura, sur l'Évangile, Jlùélilé à la Constitution, et puis, dcuout sur une sorte de trône élevé, il savoura les acclamations de toute l'armée, contempla, confon lues avec l'horizon, des têtes el encore des têtes dont les mille rcg.1rùs cherchaient le sien. Dernière et théâtrale Journée d~ triomphe I Ce n'était pas il'ailleur, uniqueme11t pour se montrer que l'empereur avait organisé celle parade. C'était pour dresser l'armée contre la représentation, qu'il ;entait hostile, la nation mililaire contre la nation légale. Certes, la nalio11 n'était pas avec Napoléon, mais elle était bien peu avec la Chambre; dont le si slèmc d'élection faisall une réunion étroite, égulste, glacée, minorité infime dans cette France, oil le peuple

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