René Viviani - La Restauration : 1814-1830

111s·roIR1<.: SOCIALISTE en effel, on al'ail agi lé la question de savoir si Napoléon n'étail pas, si pr~s de l'Europe, un danger imminenl p0ur elle, cl si crllalic, où fermcnlaienl lanl de passions, Mural, qui en pouv;iil devenir l'inslrumenl, n·atlirerait pas cel homme de rC:vecl d'action. Mais ces nouvelles ont mûri, elles n'ont pas fait nattre en Napoléon 1111 projel qu'il avail conçu au fond même du malheur. Il regardait l'horizon el allcn lnil l'heure, lor.;que, l'ers la fin de février 1815, il reçut un rnvoyé du duc de Bassano, M. de Chaboulon. Ce dernier a donné immédialemenl le r~cil - e~ 1820 - de son enlrevue : il Ill à 'apoléo11un saisissanl tableau de la Franre, de sa colère, de sa fülélité, de sa fié• vrcuse attente. Aucun espril n'est plus enclin à la crédulité que celui qui 1lésire fortement un résullal. :--upolé<ln prit son parti, el, maitre de lui, ne laissant paraître que la flamme inquièle du reg ml, fit ses préparalirs. Le 27 février, avec 400 homme;;, Bcrlrancl, Drouol, Cambronne, il s'embarque sur le brick l'inconstant, se réservanl seulemcnl de dire en pleine mer son projet à ses soldats transportés. Fatale erreur d'un génie que l'ambition brûlail trop vite, lui dérobanl tont sang-froid! Au moment où Na9oléon partail, le congrès de Vienne n'élait pas encore dissous : i'lapoléon n'en avail counu que les querelles, el, sur la foi de ces disputes, il partail, les escomptant comme un commence111cnlde désunion en Europe. li ne se disait pa$ qu'il étail le trail de concorde en Ire Lous ces inlérêts alarmés, el qu'à la seule nouvelle de rnn départ tous ces appétits hoslile, se trouveraienl unis dans une coalition défensive. Sans doute, la coalition se serail quand même formée, mais moins vite, el Napoléon avail $Urtoul besoin de Lemps. JI débarque le i., mars à Fréjm, !il aux soldats $3 première proclamation, rédigée en mer, leur rappelle leur gloire, leurs combats, les entralue. En quelques jours, Napoléon a dépassé Grasse, arrive à Digne, profile de la présence d'une imprimerie, et lance une proclamalion nouvelle. li arrive à Ll Mure, où seul, la poitrine découverte, il s'offre aux troupes envoyées pour lui barrer la route cl qui l'acclamenl. Rien ne l'arrête, il veul gagner Gr~- noble, sentant biM que tanl qu'il n'aura que des troupes bigarrées som la main et ras un poinl d'appui, il sera un aventurier et non un empereu,. L~ ville, anx ordres du général Marchand, élait défendue. Mais le coloucl Labédoyère enlralne vers Napoléon s011 régiment. La ville e;;l fermée. Napoléon se pré• sente, proclame la destitution de Marchand, fait lever le pont-levis et pénètre aux acclamations populaires. Là, il est l'empereur. A peine il s'arrête. brûle les élapes, va arriver à Lyon. Le comle ù' Arlois el le duc d'Orléans, envoyés par la cour, avec Macdonald, sont obligés de fuir tout seuls ver, Paris. La foule, le peuple,_ les soldals, toutes les classes frateroisent et mê• lent leurs acclamation$ : • A bas les nobles! A. bas les prêtres 1• Ce cri, que l'empereur a enlendu, surloul dans l'Isère, qui le suit, lui montre les

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