René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIAL! ST!!: 39 éonduil, le 23 avril, par Talleyrand. II fut peu de traités, même au lendemain de déroutes nationales, qui égalèrent celui-ci. Il cédait tout : les colonies, une partie de l'Inde, nos forteresses, nos canons: en outre, la France, par fui, s'engageait à accepter, quel qu"il fùl, le résultat clu congrès de Vienne qui s'apprêtait; de plu~, huit millions étaient prélevés sur le budget en déficit pour payer les signataires de ce traité. En même temps, comme pour tenir la ga~eure de gouverner contre tous, c'était l'armée que le général Dupont frappait. On a peine à croire que la courtisanerie ail pu descendre à ce degré, ou la rancune contre l'empereur, auquel ce mini:;tre devait, d'ailleurs, un injuste abaissement. Dès ses débuts, Dupont prend les mesures les plus propres à soulever des colères dans un milieu qui, déjà par les circonstances, était aigri. Certes~ la Restauration ne pouvait, ne devait pas garder l'armée de l'Empire : elle se proposait un autre objet que le rapt permanent qui veut les armes prèles et les mains promptes. Aussi, si la promesse de supprimer la conscription était une mente1rse et irréalisable promesse, la !'rance ne pouvant pas ne pas avoir de troupes, du moins le licenciement des soldats el des cadres en surcharge était-il une mesure jusle et d'ailleurs néces,mire. Mais, aux yeux mt'!me d'une politique secondaire, celte mesure eùl évité son propre danger qui était de créer un méconlenlement redoutable, de faire de chacun des hommes renvoyés un agent violent ct·opposition. Un tacl incomparable était nécessaire; on eut ta lourde main de Dupont. Il supprimait des officiers, mais il organisail la maison royale, la dotait de compagnies innombrables, couvrait de galons et de croix de jeunes émigrés imberbes, d'un seul coup promus. Le comte d'Artois, le roi lui-même, ayant pris l"habilude de revêtir des uniformes, la courtisanerie parodia ce lra,·estissement : il fallut donner des autorisations de colonels el de iieotenanls-généraux afin de satisfaire à celle mode: natorellemeol, c'était le budget qui soldait c~s caprices. Ce n'est pas tout : après avoir licencié 2400 officiers, on renvoie 1100 invalides dont le traité du 30 mai avait sopprimé le litre de Prançais et qni se Lrouvaienl être nés à l'étranger, on en renvoie 1 200 dans leurs foyers avec one pension dérisoi,·r. Ce n'est pas tout encore: un projet rrp, end une ordonnance de iî51 qui exigeait, pour l'entrée dans les écoles militaires, un parchemin témoignant de cent ans de noblesse; mais de,anl la répugnance de fa Chambre on relira le projet. On en proposa un autre ~ sur quatre mai;ons de la Légion d'honneur, on en supprime trois. Même protestation, même relrdile. Mais qu'importaiL'I Le coup était porté. l'inteolion perçait. Et si les actes eussent cessé d'être éloqneots, restaient les paroles : un jour, le duc de Berri, qui s'es:;ayait gauchement au métier de' général, passa w1e revue. Un officier lui demanda la croix de Saint-Louis. - Pourquoi? dit le duc. - J'ai servi trente ans la Prance. -Trente aog de-brigandage! s'écria le duc qui, ct'ailleur,, croyant effacer la mauvaise impression produite, accorda la croix. On en accordait bien d'autres, avet des titres de marquis! L'armée subissait, en cachant mal

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